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Perception des acteurs sur le fonctionnement de l’Etat au Mali - Séance 9 FMA

By Ambroise DAKOUO, Mariam HAIDARA, Néné KONATE, Aboubacar DIALLO, Boukary SANGARE, Nana TOURE (Alliance pour Refonder la Gouvernance en Afrique-ARGA, March 7, 2012)

Les questions de capacité, de fonctionnalité et de crédibilité de l’Etat sont plus que jamais d’actualité au Mali. En effet l’Etat et de manière plus générale les institutions, sont confrontées au quotidien à des défis de gouvernance, et cela dans tous les domaines. Si en matière de fonctionnalité, et de capacité beaucoup d’acquis qui sont autant de motifs de satisfaction peuvent être mentionnés tels que : l’existence de structures pérennes d’appui sectoriels (santé, éducation, chômage…), l’implication de la société civile et de la presse pour la promotion de l’Etat de droit, l’existence d’une constitution précisant les règles de fonctionnement de l’Etat et celle du jeu politique, des lacunes importantes demeurent , dont l’existence de doublons dans la mise en Ĺ“uvre de certaines politiques publiques, l’essor des pratiques corruptives, clientélistes et népotistes au sein des services de l’Etat, le règne de l’arbitraire, le développement de l’impunité, les difficultés d’appropriation par les populations des cadres légaux et institutionnels et de manière plus globale le mauvais fonctionnement des institution.

Au regard des trois axes d’analyse retenus (fonctionnalité, capacité et crédibilité), il ressort du discours de tous les acteurs qu’il ya en la matière des dysfonctionnements graves, particulièrement concernant des domaines clés tels que l’éducation, la justice, etc.

Ainsi la justice qui est une fonction régalienne souffre de nombreux maux, en plus d’un maillage insuffisant du territoire, d’une faible capacité (moyens humains, matériels inadéquats), elle est gangrenée par la corruption. Les juges censés appliquer la Loi rendraient leurs décisions en faveur des riches, on peut ainsi parler d’une justice à deux vitesses, une justice pour les pauvres et une justice pour les riches.

 

Quant à l’éducation qui est la base de tout développement, elle est sérieusement mise à mal. En effet en la matière, le Mali connait une crise sans précédent, émaillée de grèves des syndicats d’enseignants et d’étudiants, ainsi que de perturbations de toute sorte. Le niveau des élèves et étudiant est en baisse constante, des professeurs monnaient leur notes en échange de services ou d’argent

Enfin de l’avis de tous, le Mali est doté de très bons textes de Loi, cependant le problème se pose au niveau de leur application. Très souvent les pratiques des acteurs sont en décalage avec les textes, il ya d’une part le cadre légal et d’autre part le cadre réel. Le processus d’appropriation de ce cadre par les acteurs peine à se faire, chacun n’obéit qu’à ses logiques propres, et cela sans en être vraiment inquiété. Les actes de négligence au sein des services étatiques font légion, le citoyen voire l’usager n’est pas traité avec égard, il est obligé de se soumettre au bon vouloir des agents ,qui ne font preuve de diligence qu’envers des proches, ou des gens riches. L’intérêt général a cédé la place aux intérêts particuliers et partisans des agents et autres chefs de services. Ces dérives comportementales très décriées, vident l’Etat de droit de sa substance.

 

En effet, l’Etat de droit suppose la soumission de tous y compris de l’Etat au droit. Or la violation du droit est devenue à ce jour une banalité, aussi bien de la part des agents du secteur public que des dirigeants.

Par ailleurs, si on se réfère au discours des acteurs, l’Etat semble absent or il doit avant tout réguler les relations entres les différents types d’acteurs par l’application correcte de la loi mais en même temps sanctionner avec toute la rigueur des lois.

Les maux qui amenuisent la fonctionnalité et la capacité de l’Etat, le décrédibilisent aux yeux des citoyens. La restauration d’un Etat fort s’impose. Pour ce faire, il faut la sensibilisation et la formation des populations sur les notions d’Etat, de démocratie, de bien public, l’application stricte des textes, la formation de cadres compétents et intègres, notamment ceux du secteur de la justice. La communication est aussi primordiale et demande que soit impliquées toutes les couches sociales dans le débat public, Ce n’est qu’alors qu’on pourra parler d’Etat fonctionnel, capable et crédible.

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