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Le cinquantenaire des indépendances en question : L’Afrique est-elle indépendante ?

By IDRISSOU B.K. Moustafa (Club Afrique Debout, April 2010)

L’année 2010 est marquée par la célébration tous azimuts du cinquantenaire des indépendances des Etats de l’Afrique. L’Afrique francophone a donné un sceau particulier à ce cinquantenaire allant des festivités folkloriques sur le continent au défilé militaire du 14 juillet sur les Champs Elysées à Paris.

Si le principe même de la célébration de ce cinquantenaire est critiqué par le Club Afrique Debout (CAD) comme ratifiant la balkanisation de l’Afrique à la Conférence de Berlin de 1885, il importe de s’interroger sur l’effectivité de ces indépendances. Un simple détour de ce qu’on a appelé « le triangle de la souveraineté » à savoir la monnaie (l’économie), l’armée (la défense et la sécurité) et le droit permet de se rendre à l’évidence qu’en fait d’indépendance, il ne s’agit que d’un canular ou d’une illusion.

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Introduction

L’année 2010 est marquée par la célébration tous azimuts du cinquantenaire des indépendances des Etats de l’Afrique. L’Afrique francophone a donné un sceau particulier à ce cinquantenaire allant des festivités folkloriques sur le continent au défilé militaire du 14 juillet sur les Champs Elysées à Paris.

Si le principe même de la célébration de ce cinquantenaire est critiqué par le Club Afrique Debout (CAD) comme ratifiant la balkanisation de l’Afrique à la Conférence de Berlin de 1885, il importe de s’interroger sur l’effectivité de ces indépendances. Un simple détour de ce qu’on a appelé « le triangle de la souveraineté » à savoir la monnaie (l’économie), l’armée (la défense et la sécurité) et le droit permet de se rendre à l’évidence qu’en fait d’indépendance, il ne s’agit que d’un canular ou d’une illusion.

I- La dépendance ou le colonialisme monétaire.

S’il y a un domaine que l’Afrique en générale et plus particulièrement l’Afrique francophone a abandonné aux lendemains des indépendances, c’est bien celui de la monnaie, c’est-à-dire celui de l’économie. Aujourd’hui, l’Afrique est à la recherche de son indépendance économique. Du document de base du plan à la loi des finances, du discours du sous-préfet au programme du chef de gouvernement et même du message du chef de l’Etat à la Nation, l’accent est mis sur « l’indépendance économique sans laquelle l’indépendance politique, serait un vain mot ». Or, l’indépendance économique, « c’est la possibilité pour chaque pays d’orienter sa politique de développement dans le sens qui lui convient, qui assure le mieux-être matériel de sa population et donc le contrôle de l’exploitation de ses ressources.» (Joseph TCHUNDJANG POUEMI, Monnaie, servitude et liberté. La répression monétaire de l’Afrique, p.32). L’indépendance économique repose sur la maîtrise de la monnaie. C’est ce qui manque à l’Afrique surtout francophone, ou plus exactement, ce que la France a refusé à celle-ci en lui créant sa monnaie : le Franc CFA, dont les principes ne sont rien d’autres que des instruments d’appauvrissement des Africains.

1- Le franc CFA est créé par la France

Le CFA a été créé par l’article 3 du décret N° 45-0136 du 26 décembre 1945. Ce décret fut signé par Charles de Gaulle en sa qualité du Président du Gouvernement provisoire, contresigné par le ministre des finances d’alors René PLEVEN et par le ministre des colonies Jacques SOUSTELLE. Originellement, le F CFA veut dire « franc des colonies françaises d’Afrique. » Aujourd’hui, pour ménager les susceptibilités des Africains, le F CFA émis par la BCEAO signifie « franc de la communauté financière africaine » alors que celui émis par la BEAC (Banque des Etats d’Afrique Centrale) désigne « franc de coopération financière en Afrique Centrale »

En réalité la monnaie est une « créature de l’Etat » selon John Maynard KENYNES.

Une fois que l’Etat a créé sa monnaie, il en confie la gestion à sa banque centrale. Cette dernière concède, au plan national, la circulation de la masse monétaire aux institutions financières et aux banques commerciales. Seuls dans les pays africains de la zone franc où la monnaie n’est pas une créature de l’Etat. La France s’en est chargée. Ce qui confère à cette dernière un droit de regard sur les banques centrales et par conséquent sur les économies africaines. En effet, les français sont présents dans les conseils d’administration des banques centrales des pays africains de la zone franc (PAZF). Or les conseils d’administration sont investis des pouvoirs les plus étendus pour l’administration des affaires de la banque. C’est ainsi que par la règle de l’unanimité et donc le droit de veto, la France empêche les décisions importantes, voire capitales qui engagent l’avenir de l’Afrique et de ses populations.

Dès l’instant où les PAZF ne sont pas maîtres de leur politique monétaire et donc économique, on refuse le crédit à un agriculteur pour investir dans le maïs dont le cycle est de trois mois. Mais on accorde au fonctionnaire pour importer une voiture et rembourser non pas en trois mois comme l’aurait fait le cultivateur, mais en trente six mois. En termes plus clairs, on encourage la production d’automobiles en Occident en réprimant avec violence la production locale du maïs. Là se trouve l’explication de la famine en Afrique qui appelle à l’aide humanitaire internationale. On accorde facilement du crédit à un Libanais qui va importer des voitures pour vendre en Afrique et expatrier les fonds. On refuse ce même crédit à un Togolais qui veut entreprendre une initiative privée et créer des emplois, transformer les matières premières locales, créer de la valeur ajoutée à celles-ci et participer au développement économique du Togo (par la création de la richesse). C’est ce refus qui explique que des universitaires sont des Zémidjan…

L’on se souvient, le 14 septembre 2010, l’Ancien Premier ministre français Michel ROCARD a animé une conférence-débat sur le thème « la puissance publique, facteur de développement ». Justement, l’une, sinon, la première des prérogatives de la puissance publique, c’est de battre monnaie. Notre cher Enarque, du haut de ses 80 ans, avec toute l’expérience d’homme d’Etat français qui est la sienne ne pouvait pas ignorer les effets pervers du F CFA. Mais il a tout simplement fait l’impasse sur la question de l’indépendance monétaire. Nous ne pourrons pas le lui reprocher. C’est de bonne guerre : le F CFA sert les intérêts vitaux de la France. En revanche, ce que nous déplorons, c’est l’infantilisation constante des dirigeants africains à vouloir demeurer dans la dépendance monétaire.

2- Les effets pervers du F CFA

Ces effets découlent directement des principes qui gouvernent la coopération monétaire avec la France. Parmi ces principes, quatre (4) défrayent la chronique par leur dangerosité pour les populations africaines. Il s’agit du principe de la libre convertibilité du F CFA avec, hier le Franc français (FF) et depuis 1999 l’Euro, du principe de la fixité des parités, du principe des comptes d’opérations et du principe de la liberté absolue de transfert de capitaux.

Selon le 1er principe, la convertibilité du F CFA avec, hier le FF et aujourd’hui l’euro, est illimitée. La France donne aimablement une garantie illimitée au F CFA. Point n’est besoin d’insister sur l’absurdité d’un tel principe. Joseph TCHUNDJANG POUEMI a qualifié la garantie de la valeur du CFA par la France « d’absurdité logique ». Pour Nicolas AGBOHOU « la garantie de la France octroyée aux PAZF consiste tout simplement à convertir les Francs CFA en des euros, moyennant perception par elle des commissions consistantes. (Le Franc CFA et l’Euro contre l’Afrique, p. 41)

Une question vient tout de suite à l’esprit : le France est-elle illimitée au point de donner une garantie illimitée au F. CFA ? Tout le monde sait que la France a des limites, sinon trop de limites dans tous les domaines. Elle est même contenue dans des limites territoriales. Comment se fait-il qu’elle puisse donner une garantie illimitée à la convertibilité du F. CFA ? Seuls les chefs d’Etats africains ont cru à cette supercherie. Les pays francophones du Maghreb ont abandonné le F CFA et ils sont mille fois mieux que nous.

Là où le bât blesse, les francs CFA émis par les deux banques centrales, la BCEAO et la BEAC ne sont pas convertibles entre eux. La monnaie étant un excellent moyen d’échanges entre agents économiques, l’inconvertibilité entre les deux F CFA cloisonne commercialement l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique Centrale, handicape le commerce intra-zone. Or, en réalité, c’est ici que se trouve le destin de l’Afrique et non dans son rôle de pourvoyeur de matières premières dans son lequel l’occident l’a confinée pour le bonheur de ce dernier et de ses populations.

Personne dans le monde ne garantit la convertibilité de Yuan (monnaie chinoise). La Chine fait peur au monde entier par son développement économique : les Etats-Unis, première puissance du monde, sont débiteurs à l’égard de la Chine de plus 1100 milliards de dollars américains (US$). Précisons que les USA empruntent à la Chine, chaque année, 400 milliards US$.

La monnaie nationale de l’Inde, la roupie, est inconvertible. L’inde produit plus, d’ingénieurs que tout autre pays. Elle est aujourd’hui une puissance économique, technologique et militaire dépassant tous les pays africains de la zone franc (PAZF) réunis.

Le naira du Nigeria n’est pas convertible. Le Nigeria est de loin un géant économique devant n’importe quel pays africain de la zone franc.

Aucun PAZF ne tient lieu du Ghana avec sa monnaie, le Cedi, aussi fondante que les autres.

L’effet le plus pervers de la libre convertibilité du F CFA est la fuite des capitaux, le plus grand mal de l’Afrique, celui qui tue plus que le SIDA, le paludisme, la tuberculose, le choléra… réunis. Selon la CNUCED, la fuite des capitaux en 30 ans des pays africains depuis leur indépendance dépasse 400 milliards US$. Elle représente le double de la dette extérieure du continent noir. Le même rapport des Nations Unis souligne « qu’entre 1991 et 2004, la fuite des capitaux a représenté chaque année en moyenne 13 milliards US$, soit un pourcentage vertigineux de 7,6% du PIB annuel de l’Afrique noire. Pour la seule année 2003, les sorties du capitaux auraient atteint les 30 milliards US$ ». (Source base de données de la CNUCED citée par Nicolas AGBOHOU p.50). On peut déplorer avec les auteurs du rapport de la CUNCED que la fuite des capitaux continue de priver les pays africains d’une quantité considérable de ressources pour l’investissement. Seulement, les auteurs du rapport ne nous disent pas où est domicilié cet argent. Pourquoi on ne retourne pas ces capitaux puisqu’on sait d’où ils sont partis. C’est le sous-développement programmé de l’Afrique qui continue !

Le principe de la fixité des parités prive les PAZF de la politique de change qui consiste pour les pouvoirs publics à modifier librement le cours de la monnaie nationale par rapport aux autres devises.

Le principe des comptes d’opérations s’énonce comme suit : « les Etats membres conviennent de mettre en commun leurs avoirs extérieurs dans un fonds de réserves de change. Ces réserves feront l’objet d’un compte de dépôt auprès du Trésor français dans un compte courant dénommé : comptes d’opérations » (article11 de la convention de coopération monétaire entre la France et les Etats membres de la BEAC, 13 mars 1973 (la même disposition existe dans la convention de coopération monétaire entre la France et les Etats membres de la CEDEAO). ‘’Compte d’opération’’, expression curieuse, mystérieuse, inconnue du monde des économistes ! La notion de compte d’opération n’existe même pas dans le dictionnaire de l’économie ! La France l’a inventée pour les besoins de ses intérêts. En tout état de cause, Joseph TCHUNDJANG POUEMI décrit le mécanisme des comptes d’opérations : un pays membre de la zone franc exporte les matières premières, reçoit en règlement des devises. Le tout est transféré à la Banque de France qui crédite le Trésor français, hier en francs français, aujourd’hui en euro. Le Trésor français crédite, à son tour, la CEDEAO ou la BEAC du même montant. Autrement dit, tout gain en devise d’un pays membre devient une réserve à l’actif de la Banque de France. C’est donc une part des réserves de la France dans une proportion très importante. Inversement, une importation d’un pays membre donne lieu au trajet inverse. En somme, la BCEAO, la BEAC, et la BCC (Banque centrale des Comores) ont à leur actif, sous le titre « réserves » hier les francs français et aujourd’hui les euros. Cet exercice a coûté, coûte et coûtera cher à l’Afrique. Par exemple, en 1966, le gain total de 1220, 3millions de FF résulte d’un apport de 221 millions de la France, d’un apport de 1218, 6 millions des Etats africains et malgaches (Journal officiel de la République Française du 15 Avril 1970 p. 209 cité par Nicolas AGBOHOU p. 83).

Les Africains continuent de financer l’économie française. Pour la BEAC, « les avoirs en compte d’opérations ont augmenté de 47,5%, se situant à 4311,9 milliards f CFA à fin mars 2007 contre 2922,9milliards à fin mars 2006 ». Pour la BCEAO, « au 31 décembre 2004, le montant déposé sur le compte d’opérations s’élève à 3449,4 milliards de f CFA au 31 Décembre 2001 » (Rapport BCEAO sur le contrôle des états financiers pour les exercices 2001 et 2004. Toutes ces sources sont citées par Nicolas AGBOHOU).

Cela veut dire que les dirigeants africains stockent ou immobilisent dans les caisses du Trésor français les immenses capitaux indispensables au développement socio-économique de l’Afrique. Au moment où leurs recettes d’exploitations garnissent les caisses de l’Etat français, les Africains souffrent des affres de la pauvreté et excellent dans la mendicité de l’aide financière internationale « généreusement " octroyée par la France en puisant sur les propres avoirs extérieurs déposés en comptes d’opérations ouverts à Paris.

La France se targue, se félicite d’avoir bien géré la crise financière internationale, de mieux s’en sortir que les autres pays développés. Qu’est-ce que la France a de plus que l’Allemagne, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, pour « mieux s’en sortir » si ce n’est les comptes d’opérations ? Encore une fois, comme toujours c’est l’Afrique qui sauve la France, le tout dans un cynisme déconcertant.

Le cynisme de la France atteint son comble lorsqu’elle agit sur la psychologie de la jeunesse africaine. En effet, pour ne prendre qu’un exemple du Togo, la France puise dans les immenses réserves du Togo quelques milliers d’euros pour « offrir » des tables bancs aux établissements scolaires. Ces tables bancs sont estampiés « DON DE FRANCE ». D’abord, ce n’est pas un don. C’est un prêt que le Togo doit payer à un taux exorbitant. Cette fourberie idéologique est de la même veine que celle qui consiste pour les bailleurs de fonds c’est-à-dire les prêteurs à se faire appeler « pays donateurs » comme s’ils étaient de généreux donateurs. Mais l’effet psychologique est irréversible : l’élève du cours primaire va utiliser ces tables bancs " DON DE FANCE ». Un jour, il finira par comprendre le sens du mot « don » et se rendre compte que son pays, le Togo, est incapable de lui offrir ne serait-ce que des tables bancs, condition sine qua none d’une instruction publique. C’est la France ‘’généreuse’’ qui le fait ! Son programme d’enseignement est concocté et suivi de près par la France. On l’instruit, comme un citoyen du monde : il ignore tout sur lui, il lui fait admirer la France et l’occident. Son histoire commence à partir de la traite négrière, l’esclavage, l’impérialisme. On y ajoute le sous développement (c’est en Afrique seulement qu’on étudie le sous développement !). On fait semblant de lui parler des grands empires. Mais il ignore tout de Kemet (Egypte Antique). Berceau du savoir et de la civilisation. Il ignore que la vallée du Nil Natal est son berceau, que les pharaons étaient ses ancêtres, que les Platon, Pythagore, Socrate, Solon, Thalès, Hippocrate (dont il prête serment quand il devient médecin)…ont étudié chez ses ancêtres dans les maisons de vie au Kemet. Il ignore que quand ces ancêtres construisaient des pyramides, ceux qu’il admire aujourd’hui étaient des barbares, des « bêtes blondes, tatouées, vivant dans des grottes » selon Champollion le Jeune. C’est ainsi que le poison du complexe nous est inoculé depuis notre tendre enfance. Des générations d’intellectuels ont évolué ainsi et ne jurent que par la France cynique. Pendant que la France fait don des tables-bancs, les responsables politiques Togolais commandent à coup de milliards du champagne qu’ils sirotent dans leurs palaces, dans des hôtels avec des filles même mineures (lesquelles ont des villas somptueuses, des Touareg, Murano, Infiniti) quand les ponts sautent, Lomé est inondé, les routes ne sont plus que des pistes rurales, les malades sinistrés dans les hôpitaux devenus des mouroirs, les élèves dépassent parfois 150 par classe. Comment nos dirigeants trouvent-ils le bonheur individuel dans la détresse collective ? Mais ils sont sûrs d’une chose : la France assure leur longévité au pouvoir car ils savent défendre les intérêts vitaux de celle-ci en Afrique !

II – Les armées africaines et les accords de défense avec la France.

Raphaël GRANVAUD de l’association SURVIE intitulait le dossier noir N° 23 de la France : « Que fait l’armée française en Afrique ? » et plus moins, il ajoute : « de quel droit elle s’y trouve ? » Depuis les indépendances formelles, les Français fournissent les seules troupes étrangères du continent à y stationner en nombre et en permanence. Ce fait n’est pas anodin. Il traduit une posture de tutelle ouvertement néocoloniale. Partout en Afrique, du moins francophone, « la France est chez elle » et se comporte comme tel. Des accords de défense sont signés en échange des indépendances formelles, de manière à perpétuer le contrôle militaire de la France sur ses ex-colonies.

La France, pour sauvegarder ses intérêts vitaux a établi des bases militaires partout. Plus particulièrement dans des capitales qui abritent les sièges des banques centrales africaines. Il en est ainsi de la base militaire française à Dakar pour la BCEAO (heureusement que Abdoulaye Wade vient de la démanteler !), à Libreville pour la BEAC et à Djibouti pour la Banque centrale des Comores.

Les chefs d’Etat africains qui ont montré très peu d’enthousiasme dans l’application des politiques d’austérité économique dictée par Paris, sous la pression du FMI et de la Banque mondiale, ont perdu leur poste. Le 1er exemple est celui de la chute du président comorien Saïd Mohamed DJOHAR, le 28 Septembre 1995 pour avoir « irrité depuis quelques temps par son attitude anti-française »

Le 27 Janvier 1996, le Lieutenant-colonel Ibrahim Baré MAINASSARA, sous la bénédiction de Paris, renverse « sans effusion de sang » le président démocratiquement élu du Niger, Mahmane OUSMANE. Ce digne fils d’Afrique a refusé les injonctions de Paris pour signer « dans les plus brefs délais » l’accord avec le FMI et la Banque mondiale alors que son compte d’opérations est constamment débiteur au grand mécontentement de la France.

En République centrafricaine, Ange-Félix PATASSE a été mis hors-jeu par la France. François BOZIZE a pris son fauteuil, car il est plus respectueux des intérêts français.

L’accord verbal entre Charles de Gaulle et Houphouët BOIGNY autorisait la France à percevoir les loyers pour le palais présidentiel de la Côte d’Ivoire. Le montant mensuel s’élève à des centaines de millions de F FCA. Cette situation inexplicable, qui dépasse l’entendement humain a duré pendant 40 ans ! En 2000 lorsque le digne fils d’Afrique Laurent GBAGBO arrive au pouvoir, exaspéré par cette aberration, refuse de payer les loyers échus. Il refuse aussi les injonctions de Paris. En 2002 la France a foutu la merde en Côte d’Ivoire avec la rébellion sui divise le pays en deux. Il semble aussi que tous les Etats francophones paient les loyers de leur palais présidentiel. C’est la propriété de la France !

Rappelons que l’assassinat du père de l’indépendance togolaise, Sylvanus OLYMPIO, le 13 Janvier 1963, est intervenu pour court-circuiter la signature de l’accord le 15 janvier suivant à Paris, par lequel le Togo devrait sortir de la zone Franc CFA et battre sa propre monnaie selon Jacques FOCCART, le monsieur Afrique de Elysée, dans Foccart parle.

L’autre fait marquant de la coopération militaire avec la France, c’est le surnombre des conseillers militaires français dans les Etats-majors des armées d’Afrique francophone. Les Chefs d’Etat africains prêtent une oreille attentive à ces conseillers. Ces derniers font et défont la sécurité et la défense nationales. L’affaire dite de l’Arche de Zoe au Tchad illustre parfaitement cette dépendance sécuritaire de nos Chefs d’Etats. En effet, lors de cette sordide affaire, Idriss DEDY ITNO brandit la souveraineté de la justice tchadienne pour juger les criminels français dits humanitaires. La France lâche la rébellion qui vient jusqu’aux portes du palais présidentiel. Idriss DEBY était « dos au mur » quand la France est venue en rescousse pour jouer au ‘’sapeur pompier’’ et sauver son fauteuil. En contrepartie, on n’a plus parlé de l’affaire de l’Arche de Zoe. De surcroît, Nicolas SARKOZY était venu, en personne, chercher les criminels français. L’affaire est close : la justice n’aura jamais lieu au Tchad !

Par ailleurs, l’armée française peut s’enorgueillir d’avoir formé en son sein une collection impressionnante de putschistes, de dictateurs et de tortionnaires africains.

La France va même jusqu’à justifier son ingérence militaire en Afrique par des prétextes variés : le respect des accords de défense (même s’ils sont caducs ou n’existent pas toujours), mais plus souvent la protection des ressortissants français quand bien même ceux-ci ne veulent pas de cette protection comme suscitant trop le sentiment anti français :c’est le cas en Côte d’Ivoire ; ou l’alibi humanitaire, voire le maintien de la « stabilité " face au risque de « chaos » quand bien même la stabilisation d’une dictature prédatrice par l’armée français est précisément le facteur principal du chaos social et politique.

Pour l’heure, la coopération militaire avec la France est au beau fixe. En témoignent le défilé et la parade militaires des troupes d’Afrique francophonies le 14 juillet 2010, sur les Champs Elysées, à Paris. Les billets d’avions des troupes, leur logement, leur restauration, leurs frais de missions sont aux frais du contribuable africain ; le tout pour la gloire de la France !

Jeunesse africaine, tu dois faire comprendre à la France qu’elle a perdu, dans des combats douteux, son honneur et son âme en Afrique.

III- Le droit français à l’honneur en Afrique francophone.

L’on aurait pu espérer légitimement qu’aux lendemains des indépendances, un travail intellectuel devrait être mené pour construire un droit qui jaillirait du vrai naturel africain. Il n’en a rien été. Bien au contraire, c’est la paresse intellectuelle qui a gagné du terrain. Le droit français est là pour nous !

En Afrique francophone, les lois fondamentales, c’est-à-dire les constitutions sont la copie certifiée conforme à la constitution de la Ve République française, moins les garanties démocratiques.

Notre droit civil est l’application stricte du code civil français de 1804, le chef d’Ĺ“uvre de Napoléon Bonaparte. Ainsi, pour qu’un mariage produise des effets de droit il faut qu’il soit célébré devant l’officier de d’état civil, c’est-à-dire devant le maire. On doit se marier comme des Blancs ! Les modes africains de célébrer les mariages ne produisent pas des effets juridiques chez nous, en terre africaine. Alors où est l’indépendance dont on célèbre tant le cinquantenaire en grandes pompes aux frais du contribuable africain ?

Nos codes pénaux ne reflètent pas toutes nos réalités. Par exemple, ils ne tiennent pas compte des rapports entre l’oncle et le neveu, car de tels rapports n’existent pas chez les Blancs. Le code pénal togolais qualifierait de vol le fait pour un neveu de prendre est bien de son oncle à l’insu de celui-ci. Ce qui est contraire aux valeurs d’Afrique, terre par excellence du matriarcat.

On peut même extrapoler : l’Occident n’a pas connu de matriarcat. C’est le patriarcat qui y est de règle. Ce qui explique toute la misère de la femme occidentale. Elle ne faisait pas partie du suffrage universel puisqu’elle n’a pas le droit de vote. Pendant ce temps, dans le bicaméralisme dahoméen, c’est la chambre des femmes qui a décidé, nuitamment, en dernier ressort, après avis contraire des hommes, que le roi Béhanzin doit opposer une résistance farouche aux troupes impérialistes du colonel français DODDS. Non seulement, elles ont décidé, mais elles ont été actrices privilégiées de cette résistance : c’est ce qu’on appelé les « amazones du Bénin ».

Au moment où la femme occidentale n’avait pas la capacité juridique à exercer le commerce, nos mamans sont des « Nana Benz « , les vaillantes commerçantes du grand marché de Lomé. Aujourd’hui c’est la femme opprimée occidentale qui, dans sa lutte pour s’émanciper du joug de son oppresseur, envoie des dépliants, des documents pour sensibiliser nos Chefs d’Etat, et nos femmes dans des séminaires interminables, sur l’émancipation de la femme. C’est le monde à l’envers !

L’ingérence du droit français en Afrique atteint son comble avec le droit OHADA (Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires). Tous les Actes uniformes dérivés du traité de l’OHADA sont écrits en France par des Français. Qu’on me cite le nom d’un seul juriste africain qui a écrit un seul article, un seul alinéa on même un seul iota de tous ces Actes uniformes.

Le droit OHADA qui fait couvrir tous nos dirigeants est une nécessité vitale, sinon existentielle pour le droit français. Ce dernier est relégué au dernier plan par les autres systèmes juridiques surtout le système anglo-saxon. C’est sur la base du droit anglo-saxon que les contacts internationaux sont formés. Cette situation gène la France et préoccupe au plus haut niveau les Français. La France veut exister par son système juridique sur le marché international. Quiconque veut signer un contrat avec un pays membre du Traité de l’OHADA le fera selon les Acte uniformes. Tout évènement sur l’OHADA dans les confins de la Chine ou dans un coin perdu d’Amérique Latine est publié sur l’Internet. C’est la France qui fait toute cette publicité, ce n’est pas l’Afrique. Le NEPAD n’a jamais reçu autant de publicité. La Cour Commune de Justice et l’Arbitrage (CCJA) se charge de veiller à l’interprétation et à l’application des Actes uniformes de l’OHADA. La France trouve là par où nous tenir encore.

L’Afrique francophone continue de jouer le rôle d’arrière-garde à l’hégémonie de la « Grande Nation » dans le monde.

 

Conclusion : Appel à la jeunesse.

Après 50 ans d’indépendance, la France nous tient monétairement et donc économiquement par nos banques centrales et nos comptes d’opérations ouverts à Paris, militairement par des accords de défense et par les Etat-major de nos armées infestées par les conseillers militaires et sur le plan du droit surtout des affaires par la CCJA.

Ce petit survol du triangle de la souveraineté à travers ses piliers fondamentaux (monnaie, armée et droit) montre à satiété que nous ne sommes pas réellement indépendants. Du moins, cette indépendance n’est que formelle.

Jeunesse Togolaise, Africaine et du Monde Noir, ouvre grandement les yeux et dis non à la coopération monétaire, militaire et juridique avec la France. Brise les chaînes du Franc CFA.

Détourne toi de la banque mondiale et du FMI, fonds monétaire international, plus exactement « Fonds de Misère Instantanée » qui t’ont volontairement placée entre misère et pauvreté, incertitude et désarroi en déstabilisant froidement les pays africaines en imposant des programmes d’ajustement structurel (PAS), devenus Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté (DRSP), en créant des pays africains pauvres, endettés voire même très endettés (le Togo se déploie pour être PPTE). Ces institutions de Bretton Woods ne sont pas des institutions onusiennes. Elles sont pour l’Occident capitaliste ! C’est pourquoi elles ont leur siège à Washington (capitale des USA) plutôt qu’à New-York, siège des Nations Unies. En tout cas, c’était la position ferme de la délégation américaine conduite par Harry WHITE en 1945 lors des négociations de Bretton Woods.

Souviens-toi : au temps fort de la crise grecque, le Premier ministre grec, Georges PAPANDREOU a fait ce chantage aux dirigeants européens : « Si vous ne me venez pas en aide, je vais faire appel au FMI ». Le lendemain, le Premier ministre français, François FILLON parle de mise en place d’un « fonds monétaire européen (FME) » pour juguler la crise grecque. Toute l’Europe s’est mobilisée aux côtés de la Grèce. Seule l’Allemagne, tête de pont de l’Europe, a voulu sanctionner la Grèce pour son manque de rigueur dans la gestion de ses finances. Le compromis trouvé est que l’Europe va aider la Grèce à hauteur de 75% et le FMI 25%.

Le FMI a été créé par les Occidentaux. Si le FMI était bon, pourquoi ceux-ci n’en veulent pas ? Seuls les dirigeants africains pensent être en « odeur de sainteté » lorsqu’ils discutent avec ces monstres de BM et de FMI et exhibent leurs ‘’bons rapports’’ avec les partenaires au sous-développement. Les dirigeants africains n’ont rien compris du sens de la marche du monde.

Jeunesse togolaise, africaine et du Monde Noir concentre ton énergie pour l’Afrique au lieu de défier, en pirogue, les vagues meurtrières des mers ; braver les barbelés de Lampedusa et de Ceuta pour atteindre l’Europe esclavagiste, impérialiste et néocolonialiste. Là c’est la neige en hiver, la canicule en été. Il n’y a point de vie. C’ n’est pas l’Eldorado, c’est l’enfer. Le paradis sur cette terre c’est en Afrique.

Jeunesse togolaise, africaine et du Monde Noir, inspire-toi du patriotisme panafricain de Marcus Garvey, de la résistance inflexible de Nelson Mandela, de la foi panafricaine totalement désintéressée de Kwame Nkrumah, de la grandeur d’âme de Julius Nyerere, de la vision panafricaine au Mont Kilimandjaro de Jomo Kenyatta et de Tom Mboya, du sang fécond des martyres de Patrice Emery Lumumba et de Thomas Sankara, pour aboutir à la Renaissance Africaine de Cheikh Anta Diop afin de créer l’Etat Fédéral Continental de l’Afrique Noire.

Le sang de nos Ancêtres glorieux et lumineux de la vallée du Nil Natal, constructeurs des pyramides, fondateurs de la civilisation coulera dans tes veines pour sortir l’Afrique de l’emprise de l’Occident.

Puisse Hor (Horus), protecteur des dynasties veiller, du haut des pyramides, sur l’Afrique et sur le monde.

Ankh Oudja Seneb !

Vie, Santé, Force !

Moustafa IDRISSOU B.K.

Après un DEA en Droit Privé Fondamental, il est diplômé en Droit International de l’environnement. Juriste au cabinet du Garde des Sceaux, au ministère de la Justice, il est également, au sein du CAD, chargé des questions de droit dans l’Egypte pharaonique et assiste le médiateur national du Togo au sein de l’ARGA.