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Interview de M Salif Diallo (ex ministre et homme politique) sur les réformes électorales au Burkina Faso

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By SR, Ladji Bama (ARGA BURKINA, 23 mai 2015)

Salif Diallo considère que la régularité des élections est un bon signe pour la démocratie burkinabè. Toutefois, il reconnaît que le manque de transparence et le faible poids des partis politiques d’opposition sont des obstacles à une démocratie véritable. Il propose, pour les élections à venir, le maintien de l’ancien code électoral et de la constitution afin d’éviter des contestations inutiles. Quitte à ce que les nouvelles réformes viennent décanter le jeu politique après les élections de 2015.

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Interview de M Salif Diallo (ex ministre et homme politique sur les réformes électorales au Burkina Faso

Le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) fait partie des derniers nés des parties politique au Burkina Faso. Créé en janvier 2014, ce parti a comme principaux leaders d’anciens responsables du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), ancien parti au pouvoir. Suite à des dissensions internes, Roch Marc Christian Kaboré, Salif Diallo et Simon Compaoré, ainsi que plusieurs autres cadres de l’ex parti majoritaire, ont claqué la porte et sont allés créer le MPP, dont Roch Marc Kaboré est le président et les deux autres respectivement 1er et 2e vices président.

Dans le cadre de cette collecte de paroles et d’expérience, nous avons rencontré le premier vice président, Salif Diallo, à sa résidence de Ouagadougou. L’homme est un averti de la scène politique burkinabè. Il a été de tous les joutes électorales de l’ex parti au pouvoir depuis sa création dans les années 90 jusqu’à la fin des années 2000 où il est tombé en disgrâce. En 2005, il a été le directeur national de campagne du candidat président, Blaise Compaoré, lors de la présidentielle de cette année là.

Appréciant le parcours du Burkina Faso en matière d’organisation des élections, sous la 4e République, Salif Diallo retient d’emblée le fait que les élections ont été régulièrement organisées au Burkina Faso. Pour lui, cela est un grand signe en soi. Selon lui, l’élection est le meilleur processus de légitimation. Cependant, il indique qu’il existe des facteurs pervers qui limitent la pratique démocratique des élections. A ce sujet il retient entre autres le fait que les scrutins organisés ont été plus ou moins transparents, le fait que les partis d’oppositions ne sont pas suffisamment implantés. La mal gouvernance des élections reste selon lui un défi.

Avec l’avènement de la transition, remarque-t-il, de nouveaux acteurs sont apparus. Toutefois, pour lui, il n’est pas question de remettre l’organisation des élections à l’administration. Il faut garder la CENI dans son format actuel, soutient-il au regard des délais impartis. Travailler à réduire le coût des élections tout en veillant à une représentation des tous les protagonistes dans les bureaux de vote, sans oublier un audit du fichier électoral qui doit être correcte et équitable pour tous, telles sont tant d’autres conditions à remplir, de l’avis de M. Diallo.

Parlant d contrôle du scrutin, il indique que la biométrie à elle seul ne suffit pas pour garantir la transparence du vote. Il faudra, préconise-t-il, qu’elle soit doublée d’un système manuel de comptage pour que les résultats reflètent réellement la réalité du terrain. Il faut aussi faire en sorte que le nombre d’électeurs corresponde au nombre de bureau de vote existant et vérifier l’existence physique des bureaux de vote afin d’éviter le piège des bureaux fictifs.

En ce qui concerne les textes, Salif Diallo pense que pour les prochaines échéances électorales, il faut laisser le code électoral, tout comme le mode de scrutin en l’état pour éviter certaines polémiques inutiles. Après la transition, beaucoup de choses pourront être changées, à commencer par la Constitution elle-même. Il faudra, dit-il passer à la 5e République, avec un régime semi parlementaire, de sorte à éviter toute possibilité de «â€¯monarchisation » du pouvoir. Cela permettra, selon lui, de garantir un meilleur contrôle de l’exécutif par le parlement, de sorte que le pouvoir limite le pouvoir.

Ce changement de Constitution, pense le 1er vice président du MPP, aura pour conséquence logique un changement de la nature des institutions. La nature des rapports entre le premier ministre t le président de la République changera naturellement et l’indépendance de la magistrature sera aussi garantie. Cela comporte des risques certes, mais cela aura le grand avantage, dit-il, de garantir la volonté populaire.

Dans un tel contexte, explique-t-il, l’armée devra être soumise au pouvoir politique, c’est-à-dire à celui à qui le peuple aura donné mandat. Les militaires devront retourner définitivement dans les casernes. Salif Diallo préconise que même les militaire en disponibilité ou en retraite anticipée soient écartés de la politique. Selon lui, même hors de l’armée, un militaire reste toujours un militaire. Il a toujours des attaches dans l’armée et en tant que telle, il fausse le jeu politique.

Se prononçant sur l’interdiction des gadgets et autres plafonnement des budgets de campagnes, Salif Diallo soutient que l’on n’a pas les moyens de contrôle de ces mesures qui pourraient s’avérer sans effet. Ce type de mesures pourraient être envisagées plus tard car, dit-il le contexte politique actuel et le niveau des mentalités ne s’y prêtent pas. De sorte que vouloir prôner de telles mesures pourrait s’apparenter à de la démagogie.

Salif DIALLO

Ministre dans le gouvernement de Campaoré durant les années 1990 et 2000, et ambassadeur de l’Autriche en 2008. Il est démis de ces fonctions. Depuis janvier 2014, il est membre fondateur du Mouvement du Peuple pour le Progrès et son premier Vice-Président.