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Fiche de projet sur la création d’un groupe interafricain de recherche sur les modes de gouvernance en Afrique

By Assane Mbaye (Alliance pour Refonder la Gouvernance en Afrique, March 2006)

Le forum sur la gouvernance en Afrique coorganisé par l’Alliance et l’UA prévoit dans son plan d’action la création d’un Groupe interafricain de recherche sur les modes de gouvernance en Afrique. Ce groupe a essentiellement pour finalité de construire l’autonomie intellectuelle du continent sur les questions de gouvernance, l’objectif étant de mobiliser le potentiel de chercheurs capables de produire des connaissances utiles à une refondation de la gouvernance. Son domaine concernera aussi bien les modes de gouvernance « modernes » que les modes traditionnels.

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I/ ENJEUX

La crise de la gouvernance est l’un des déterminants majeurs des difficultés du continent africain à assurer son développement économique et social et à peser réellement sur la scène mondiale. Cette crise observable à l’échelle mondiale prend cependant des formes spécifiques en Afrique et appelle par conséquent des réponses spécifiques. Malheureusement les réponses appliquées jusqu’à présent ont presque toujours été imposées de l’extérieur ou inspirées de modèles conçus pour des contextes différents des réalités africaines; elles se sont révélées à la fois inadaptées et inefficaces. Parallélement l’Afrique n’ a pas elle-même réussi à construire, à faire valider et à mettre en oeuvre son propre projet de régulation de ses sociétés.

Aujourd’hui la plupart des acteurs de tous les milieux sont en quête de nouvelles règles du jeu qui assurent le développement et l’équilibre du continent ainsi que son insertion dans la globalisation. Même les acteurs extérieurs au continent ont pris conscience que la nécessité de changer les rapports avec l’Afrique et le reste du monde et d’établir de nouvelles régulations mondiales est un défi commun dont la réalisation conditionne l’avenir de l’ensemble de la planète et non pas seulement de l’Afrique.

Si la nécessité de nouvelles règles est reconnue, il est aussi partagé qu’elles doivent être pensées en rapport avec les réalités de l’Afrique afin qu’elles soient légitimes et puissent s’ancrer dans les sociétés africaines. Depuis 1999, l’Alliance pour la refondation de la gouvernance en Afrique est engagée dans ce combat pour une transformation en profondeur des modes de gouvernance sur le continent à partir d’un projet défini par les africains, enraciné dans les valeurs des sociétés africaines et capables de répondre aux besoins des africains dans un monde globalisé.

De son côté, l’UA s’attèle depuis sa création à faire en sorte que l’Afrique reprenne l’initative et construise sa propre vision des questions de gouvernance tout en respectant les valeurs et principes universels à toutes les sociétés.

Le forum d’Addis a permis de rapprocher et de valider les prémisses de la refondation de la gouvernance en Afrique tels que posés par les deux organisations: un projet africain, des modes de gouvernance légitimes tenant compte des valeurs et des réalités de l’Afrique ainsi que des expériences et pratiques de tous les acteurs. En même temps le Forum n’a pas perdu de vue qu’une telle ambition doit relever un certain nombre de défis pour être réalisée. Ces défis épousent parfaitement les prémisses citées. Si le projet doit être africain, encore faut-il que l’Afrique et les africains soient en mesure de construire une pensée africaine crédible sur les modes de régulation en cours sur le continent.

Si les règles doivent être légitimes et tenir compte des valeurs africaines encore faut-il que l’on maîtrise parfaitement parfaitement ces dernières. Quelles sont ces valeurs? Ont-elles encore la même signification, le même contenu, la même pertinence? Comment évoluent-elles? Sont-elles compatibles avec les principes universels de gouvernance? Assurent-elle à l’Afrique une meilleure place dans le monde?

Si enfin les modes de gouvernance doivent tenir compte des pratiques et des expériences concrètes des acteurs, encore faudrait-il que l’on identifie celles-ci dans toute leur diversité, qu’on les rapproche pour pouvoir en tirer des principes communs applicables et reconnus par tous.

Ces trois défis révèlent la constance d’une exigence consubstantielle à toute entreprise de refondation de la gouvernance en Afrique: celui de la connaissance. Pour les relever, le Plan d’action a prévu la création d’un Groupe interafricain de recherche sur les modes de gouvernance en Afrique. Ce groupe doit avoir pour objet de mener des recherches et de produire de la réflexion non seulement sur les modes actuels de régulation des sociétés africaines mais aussi sur les modes traditionnels de gouvernance.

Un tel intérêt pour la recherche est partagé par l’Alliance et par l’UA. Celle-ci a fait du développement de la recherche un de ses objectifs fondamentaux alors que celle-là considère que la liaison de l’action et de la réflexion est une nécessité inhérente à une gouvernance qui se veut légitime.

II- OBJECTIFS

Objectif général: Mobiliser le potentiel de ressources humaines africaines et non-africaines pour approfondir et développer la recherche sur les grands enjeux et les modes de gouvernance.

Objectifs spécifiques

Objectif 1:

Contribuer à la production, à la systématisation et à la diffusion des connaissances sur les modes de gouvernance en Afrique, y compris les modes traditionnels.

Objectif 2:

Contribuer à l’analyse transversale et à la conceptualisation des expériences concrètes vécues par les acteurs de la gouvernance.

Objectif 3:

Contribuer à améliorer la participation de l’Afrique aux débats sur la gouvernance dans le monde.

Objectif 4:

Contribuer à l’élaboration de propositions pour l’amélioration de la gouvernance en Afrique

III- RESULTATS ATTENDUS

1/ Création d’espaces et d’outils de confrontation et d’échange entre les diverses pensées sur la gouvernance

2/ Opérationnalisation des résultats de la recherche au profit des acteurs, particulièrement des décideurs politiques

IV- STRATEGIE

1/ Modalités de constitution du groupe de recherche

1er principe: S’appuyer sur les réseaux et organismes de recherche qui existent déjà.

Le lancement du groupe pourrait être opérationnalisé avec le potentiel immédiatement mobilisable par l’Alliance à travers son annuaire, ses partenaires (ex: IRG) et les chercheurs et instituts ayant participé au Forum sur la gouvernance en Afrique. Le groupe sera progressivement élargi à d’autres organismes et chercheurs du continent (Ex: CODESRIA au Sénégal, CDD et IEA au Ghana, Universités, etc…)

2eme principe: S’orienter prioritairement vers les milieux universitaires tout en s’ouvrant vers d’autres groupes qui font de la recherche sur les questions de gouvernance.(chercheurs traditionnels, organisations de la société civile, acteurs institutionnels et non-institutionnels).

3ème principe: Assurer la diversité des pensées sur les modes de gouvernance

Les débats sur la gouvernance peuvent se cristalliser autour d’écoles de pensées qui développent des approches et des stratégies différentes. Le groupe de recherche doit refléter cette diversité en incluant toutes les pensées.

2/ Orientations thématiques

Le groupe est censé mener des recherches sur tous les thèmes de la gouvernance. Mais il pourrait partir prioritairement des thèmes précis liés aux différents points du Plan d’action d’Addis et aux attentes actuelles de l’Union d’une part et des thèmes des groupes d’initiative régionaux mis en place par l’Alliance d’autre part: gouvernance locale et décentralisation, gouvernance économique, construction de la paix et conflits, pluralisme juridique.

3/ Activités

  • Exécution de commandes de recherche: le Groupe effectue des recherches non seulement sur sa propre initiative mais aussi à la suite de commandes ponctuelles.

  • Publications sur les modes de gouvernance en Afrique; on pourrait mettre à profit la Revue trimestrielle que l’Alliance envisage de créer ainsi que la Lettre mensuelle en ligne sur le site web et ponctuellement l’édition d’ouvrages. L’Alliance et l’UA pourrait envisager de créer une Revue qu’elle copublierait pour diffuser régulièrement les résultats des recherches du groupe.

  • Organisation et participation à des rencontres sur les questions de gouvernance

  • Développer une activité de veille sur l’évolution des enjeux, pratiques et pensées sur la gouvernance