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Rapport du Forum Multi-acteurs « Jeunesse et cohésion sociale en Côte d’Ivoire » à Korhogo

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By (April 27, 2017)

Les 27 et 28 avril 2017 s’est tenu à l’Université Peleforo Gon Coulibaly de Korhogo un « Forum multi-acteurs de jeunes », organisé par l’Alliance pour Refonder la Gouvernance en Afrique (ARGA), en partenariat avec le Laboratoire (interuniversitaire) des Sciences Sociales et des Organisations (LASSO).

Le rapport fait état de la mise en oeuvre du partenariat notamment les différents chantiers prévus. Il revient aussi rapidement sur l’esprit du FMA comme outil méthodologique utilisé par l’ARGA depuis plus d’une décennie et comment il a été expérimenté dans plusieurs pays comme le Mali et le Burkina Faso.

Après le rapport fait une synthèse des différentes allocutions prononcées à l’ouverture du Forum. Ensuite la restitution des travaux d’atelier est faite, avec une insistance particulière sur l’identification des acteurs et des facteurs fragilisant la cohésion sociale, à la fois à Korhogo et dans le reste du pays. Enfin, des propositions ont été formulées en vue de garantir une cohésion durable.

Full text

ALLIANCE POUR REFONDER LA GOUVERNANCE EN AFRIQUE

« FORUM MULTI-ACTEURS DE JEUNES »

Thème : JEUNESSE ET COHÉSION SOCIALE EN CÔTE D’IVOIRE

DES 27 et 28 AVRIL 2017

RAPPORT GENERAL

Les 27 et 28 avril 2017 s’est tenu à l’Université Peleforo Gon Coulibaly de Korhogo un « Forum multi-acteurs de jeunes », organisé par l’Alliance pour Refonder la Gouvernance en Afrique (ARGA), en partenariat avec le Laboratoire (interuniversitaire) des Sciences Sociales et des Organisations (LASSO).

Plusieurs associations de jeunesse et les anciens combattants démobilisés réunis au sein de la « Cellule 39 » ont participé à ce Forum qui s’est déroulé en trois phases. La première phase était la cérémonie d’ouverture. Elle a enregistré la présence de Monsieur le Préfet de la région du Poro, Préfet de Korhogo, le Gouverneur Daouda Ouattara accompagné de ses collaborateurs ; le Vice-président de l’Université Peleforo Gon Coulibaly, le Professeur VANGA Adja Ferdinand, représentant le Président de l’Université, le professeur Adama Coulibaly ; le Secrétaire général, le professeur Donourou Diabaté ; la Secrétaire générale adjointe, Mme N’guessan, le Directeur de l’UFR des Sciences Sociales, Professeur GNABRO Gaston ; les Directeurs des autres UFR, les chefs de département, les Enseignant-chercheurs et chercheurs, et les étudiants.

Cette cérémonie d’ouverture a été marquée par six (6) allocutions. Prenant en premier la parole, le président du comité d’organisation, Dr. Amalaman Martin a rappelé la convention de partenariat qui existe entre l’ARGA et le Lasso. Il a informé que l’idée d’organiser ce Forum a germé lors des travaux de l’atelier restreint de janvier 2017 à l’UPGC. Ce Forum qui se veut un cadre d’expression et d’échanges entre les jeunes de toutes les catégories sociales et professionnelles de Korhogo. L’objectif étant de produire une réflexion collective sur la problématique de la « cohésion sociale et les défis du vivre-ensemble » à Korhogo et en Côte d’Ivoire. L’étape de Korhogo, a-t-il précisé, est la première. Il s’en suivra les étapes de Bouaké, Daloa, Bondoukou, Abengourou, Man, Duékoué, puis enfin le grand forum d’Abidjan en 2019.

A sa suite, Dr. GUEHI Zagocky, chef du département de sociologie s’est interrogé sur les variables qui peuvent conduire à la cohésion sociale au regard des incertitudes et des craintes visibles sur les visages des Ivoiriens et des habitants de la Côte d’Ivoire, et comment l’Université doit interagir avec son espace d’implantation. En ouvrant les portes de l’Université aux jeunes de toutes les composantes sociales de Korhogo, pense-t-il, le département de sociologie opère une révolution dans le sens de la connexion de l’académie avec la société.

Pour sa part, le Directeur de l’UFR des Sciences sociales, Professeur GNABRO Gaston, considère que la thématique de la cohésion sociale est pertinente eu égard la nécessité d’une paix durable en Côte d’Ivoire afin d’atteindre les objectifs de l’émergence promise par le chef de l’Etat ivoirien.

Le professeur VANGA Adja Ferdinand a parlé au nom du président Adama COULIBALY, empêché pour la circonstance. Après avoir remercié les organisateurs de ce Forum des jeunes, surtout l’ARGA qui opérationnalise la convention de partenariat signé avec l’UPGC au mois de décembre 2016, il a souligné que son institution mesure son engagement et sa détermination à contribuer à la paix et à la cohésion sociale, ainsi qu’à l’émergence et au développement durable de la Côte d’Ivoire.

Dans son intervention, le coordonnateur régional de l’Alliance pour Refonder la Gouvernance en Afrique, Dr. Assane MBAYE s’est réjoui de la tenue de ce Forum. Il a excusé l’absence du Ministre Ousmane SY de l’ARGA Mali à la cérémonie en raison son calendrier chargé dans le cadre de son rôle de médiateur dans la crise au centre du Mali. Il a par ailleurs insisté sur le fait que l’idée du Forum est d’amener les jeunes qui sont les acteurs principaux de la paix et du développement de nos pays à prendre leur responsabilité dans l’exercice de leurs différentes activités. Il s’est réjoui encore que le partenariat entre l’ARGA et le LASSO s’opérationnalise comme souhaité au regard de la place de choix qu’occupe la Côte d’Ivoire dans les interventions de l’ARGA en Afrique.

Prenant en dernier la parole, le Préfet de la région du Poro, le Gouverneur Daouda OUATTARA a affirmé être là pour apporter le soutien de l’Etat de Côte d’Ivoire à cette activité portant sur la cohésion sociale. Il a rappelé que malgré les turbulences que le pays a connues, la nation ne s’est pas brisée. Les séquelles de ces turbulences sont réelles, mais le processus de réconciliation nationale est en cours. La tenue de ce Forum apparait, pour lui, comme une importante contribution à ce processus. S’adressant aux jeunes, en particulier, Monsieur le Préfet les a mis face leur responsabilité pour s’approprier ce Forum afin de penser et de décider du type de société dont ils rêvent avec des propositions concrètes quant aux principes et valeurs sur lesquels doit reposer cette société.

Monsieur le Préfet a ouvert la première édition duForum des jeunes sur la cohésion sociale, non sans avoir insisté sur le fait qu’il attend avec un grand intérêt les conclusions des travaux, et surtout la production d’une déclaration, dite « déclaration de Korhogo ».

A la suite des allocutions une photo de famille a été prise et un échantillon représentatif de cinquante (50) jeunes sur les 500 conviés à la cérémonie a été constitué. Des groupes de 10 personnes par ateliers ont été formés, et chacun de ces groupes devaient réfléchir sur les 5 questions suivantes:

1. Comment définissez-vous la cohésion sociale ?

2. Quelles sont vos perceptions et représentations de la cohésion sociale ?

3. Quels sont les facteurs et les acteurs qui fragilisent la cohésion sociale à Korhogo et en Côte d’Ivoire ?

4. Que faut-il pour construire une paix durable en Côte d’Ivoire ?

5. De quelle Côte d’Ivoire rêvez-vous ?

Les travaux ont duré tout l’après-midi du jour 1 et toute la journée du jour 2 du Forum. Ilressort en substance les résultats ci-après:

Sur la première question, les jeunes définissent la cohésion sociale comme l’acception et le respect mutuels de l’autre dans sa différence à la fois au plan culturel, religieux et politique. Elle implique les valeurs de solidarité, d’entente, du juste partage des richesses du pays, du respect des lois, lesquelles valeurs érigent la société en une véritable nation.

Sur la deuxième question, ils pensent qu’à Korhogo même si l’on peut observer une certaine cohésion sociale, en termes de libre circulation des personnes, d’harmonie entre les religions, de l’implantation d’une université, de l’accueil des étudiants dans des familles autochtones, cette cohésion est fragilisée par des réalités. Ce sont notamment, la stigmatisation des ex-combattants démobilisés de guerre de la cellule 39 et leur rejet sur le marché de l’emploi, la non acception des syndicats d’étudiants à l’Université en violation du principe de liberté syndicale proclamée par la Constitution de Côte d’Ivoire. Il y a également les pratiques de favoritisme des hommes politiques, l’exclusion des partis politiques de l’opposition.Sans négliger les relations relativement tendues, parfois, entre les étudiants et les populations autochtones.

Au plan national, il y a une volonté politique de l’Etat de promouvoir la Cohésion Sociale se traduisant par la décentralisation du système de l’enseignement supérieur (Université et Grandes Ecoles), la mise en place de la chambre nationale des rois et chefs traditionnels qui peuvent favoriser le règlement des conflits selon nos us et coutumes. La politique migratoire ouverte et flexible démontrée par l’allègement du code d’investissement et la libre circulation des biens et des personnes est une opportunité de cohésion sociale. Mais subsistent des facteurs qui fragilisent gravement la cohésion sociale. Ce sont notamment, l’injustice sociale, le chômage des jeunes, la pauvreté, la corruption et le favoritisme, la justice des vainqueurs suite à la crise post-électorale, le déficit de dialogue franc avec toutes les composantes de la nation, et particulièrement avec les démobilisés de guerre de « la Cellule 39 », la géolocalisation des partis politiques, le manque de professionnalisme de la presse etc…

Pour les jeunes participants au Forum, répondant à la troisième question, les facteurs qui fragilisent la cohésion sociale sont en ce qui concerne Korhogo,

Le choc des cultures lié à la présence de plusieurs institutions (Université, Administration…) ;la négligence des revendications des étudiants ;la marginalisation des peuples allogènes lors des prises de décisions ;la marginalisation de la gente féminine lors des rites du Poro ;le refus de l’autorité d’aider notamment les démobilisés de la Cellule 39 à créer une organisation légalement reconnue ; les conflits éleveurs-agriculteurs etc…

Sur la quatrième question, les participants pensent que pour construire une paix durable en Côte d’Ivoire, il faut :

organiser des forums de dialogue, vérité et réconciliation ; promouvoir un développement équitable des territoires afin d’éviter le recours au tribalisme, au régionalisme et au favoritisme dans l’allocation des ressources ; garantir l’égalité des chances aux concours et recrutement aux emplois ; revaloriser les alliances inter-ethniques ; répondre urgemment à la demande sociale (ex: des démobilisés, des étudiants, fonctionnaires, des paysans)

Enfin, les jeunes rêvent d’une Côte d’Ivoire, débarrassée de la corruption (dans les concours de recrutements), du tribalisme, où règne l’union, la solidarité et la fraternité pour construire la nation ; d’un pays qui garantit la liberté d’expression, la justice impartiale, la bonne gouvernance. Une Côte d’Ivoire de paix, de transition pacifique, de sécurité des biens des personnes, de sécurité alimentaire, avec moins de chômeurs, avec un système éducatif restructuré, une bonne politique migratoire et un faible taux de corruption.

 

Fait à Korhogo, Université peleforo Gon Coulibaly,

le 28 avril 2017