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Mettre la coopération internationale au service du développement

Passer de l’assistance à une approche partenariale

By Alliance pour Refonder la Gouvernance en Afrique (May 2006)

Tant que les pays riches continueront de faire de l’aide au développement, avant tout un de leurs instruments de politique et d’influence dans le domaine diplomatique et commercial, l’esprit de cette aide continuera d’être dévoyé, corrompu par des considérations qui n’ont rien à voir avec les motivations exprimées et les finalités déclarées. Il est possible d’établir entre tous les partenaires des cadres et des mécanismes de convergence de l’aide au développement, qui rationalisent celui-ci et le rendent plus efficaces. Dans cette perspective, l’on doit, par exemple, accepter que les partenaires nationaux, bénéficiaires de cette aide, définissent les orientations et fixent les priorités et non l’inverse. L’acceptation de ces principes doit faire l’objet de codification et d’une organisation systématique nécessitant l’élaboration d’une Charte pour du partenariat pour la coopération au développement et la mise en place de mécanismes institutionnels, nationaux et internationaux, de coordination de l’aide au développement.

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METTRE LA COOPERATION INTERNATIONALE AU SERVICE DU DEVELOPPEMENT

Passer de l’assistance à une approche partenariale.

  • Se mettre d’accord sur une Charte du partenariat pour la coopération au développement. En vue de redéfinir le partenariat entre bailleurs de fonds, les Etats et les organisations de la société civile. L’un des domaines où des ruptures profondes sont nécessaires pour qu’on puisse réellement commencer de parler d’Etat africain ou de politiques africaines, concerne la nature des relations entre les bailleurs de fonds et ces Etats. Les règles du jeu doivent être rediscutées dans le sens de consacrer une reconnaissance effective des acteurs nationaux (Etat, collectivités, organisations non gouvernementales) dans la détermination de la politique nationale et l’orientation des ressources. Les Etats africains doivent porter l’initiative de l’élaboration d’une telle charte et le faire solidairement, dans le cadre des unions régions régionales, de l’U.A. ou du cadre consultatif UE/ACP.

  • Inverser la vision de la conditionnalité de l’aide en réintégrant les pré-requis parmi les objectifs de renforcement des capacités. Pour des sociétés en « apprentissage » , le relèvement du niveau « d’internalisation » dans la conduite des projets et programmes de développement constitue l’autre challenge. Dans cette perspective, l’aide au développement doit contribuer à libérer les initiatives en allégeant les conditionnalités et en favorisant une culture de l’apprentissage, laquelle a nécessairement un coût. Cela n’est possible que si les partenaires s’accordent pour admettre que l’aide au développement doit aussi contribuer au financement de ces déficits en matière de démocratie, d’Etat de droit, de capacités de gestion…inhérents à la pauvreté et à la jeunesse de ces Etats.

  • Proposer une stratégie de développement à long terme à laquelle on invite les différents partenaires. En appui à la Charte partenariale, les Etats mettront en place des dispositifs nationaux, prolongés au niveau sous-régional ou régional, de convergence et de coordination des projets et programmes de développement. La mise en place de ce dispositif devra être progressive et concernera, dans une première étape, les appuis aux collectivités décentralisées ainsi que l’aménagement des zones transfrontalières. Dans la continuité des réflexions en cours dans certains pays (ex. le Sénégal) une sorte de Bourse des projets sera mise en place par l’Etat en coordination avec tous les acteurs institutionnels. Sur la base Plans Locaux de Développement (PLD) ou des Plans Régionaux de Développement (PRD) élaborés par ces échelons de planification locale, des indications précises seront fournies aux différents bailleurs de fonds, sur ce qui concerne les priorités de développement pour le Pays, en termes de : thématiques, de régions géographiques, de partenariats potentiels.

  • Assurer la transparence de l’aide aux yeux des populations. Dès lors que les partenaires s’accordent pour alléger les conditionnalités liées à l’aide, la contrepartie doit être des capacités nouvelles offertes aux populations pour s’informer sur la gestion des affaires publiques et interpeller les autorités compétentes en cas de besoin. Dans la logique des propositions précédentes pour la mise en place de dispositifs de convergence et de coordination de l’aide au développement, l’élaboration de procédures budgétaires participatives serait un premier niveau d’amélioration de cette transparence. Le second niveau d’amélioration concernerait le mode de présentation du rapport d’exécution des budgets (communautaire, communal, régional, national). Dans l’esprit du budget participatif, le processus de budgétisation doit être congruent avec un Etat décentralisé et mettre en place un mécanisme participatif de consultation des différents groupes sociaux et socioprofessionnels organisés. Dans ce cadre, il est important que le rapport d’exécution des budgets qui ont été votés, soit au niveau local, régional ou national, soient portés à la connaissance du public, que celui-ci puisse apprécier la manière dont son argent a été utilisé.

  • Créer des espaces d’apprentissage à l’échelle nationale et sous-régionale. L’aide au développement intervient dans des contexte politique, caractérisé par la présence de plusieurs intervenants, plus ou moins spécifiques dans leurs modalités d’intervention, mais visant globalement un même objectif de développement. Dans le sens des mesures précédemment préconisées, la réflexion doit porter sur les processus de mutualisation des concepts ainsi que des approches d’appui au développement. Ce processus de co-apprentissage devra être organisé au niveau national et régional (ou sous-régional). Différents mécanismes pourront être utilisés pour impulser et animer ces espaces de co-apprentissage : conventions de collaboration entre programmes homologues sur la base de critères de similitudes ou de complémentarités thématiques ou écogéographiques ; co-organisation de séminaires-ateliers de capitalisation.