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Gouvernance et régulation des conflits

Revaloriser les mécanismes traditionnels dans les processus de prévention et de gestion non-violente des conflits en Afrique

By Boureima Ouedraogo (July 2006)

L’Afrique apparaît globalement comme une région en déséquilibre durable et un espace de tensions et de disparités. Les Etats issus des indépendances sont en perte de légitimité et n’ont pas su institutionnaliser des capacités appropriées de gestion non violente des conflits ou des conflits potentiels. Or, les menaces de tensions sont dangereuses en l’absence de mécanismes de médiation, ancrés dans des valeurs culturelles séculaires positives et dotés d’institutions modernes fiables et démocratiques. Le Groupe d’initiative s’intéresse à des situations de conflits, passées ou présentes, différentes de par la nature du contexte politique et socio-économique: conflits en Côte d’ivoire, en Casamance, au Nord du Mali, conflits autour du fleuve Mano, de la région des grands lacs.

Il s’agit de mobiliser, dans le cadre d’un groupe d’apprentissage, de réflexion et de mutualisation des expériences, différents acteurs qui ont été directement ou indirectement engagés dans des situations de conflits, de collecter leurs expériences et de les amener à les analyser, à les signifier et à faire émerger de propositions à même de contribuer à alimenter et outiller les organismes de prévention de gestion et de résolution des conflits en Afrique.

Le processus de réflexion et de proposition les amènera à réfléchir sur leurs pratiques, à mutualiser leurs expériences et à envisager des alternatives en matière de prévention et de gestion des conflits. Il s’agira également d’analyser le rôle des différents acteurs dans ces conflits et d’en tirer des conclusions pour une force de proposition par rapport aux institutions africaines et à la communauté internationale.

Il est attendu de ce groupe d’initiative :

1°) le renforcement des liens entre les initiatives de paix et de stabilisation menées par la Commission de l’U.A. et celles conduites à la base par les organisations de la société civile à travers une amélioration des connaissances sur les dynamiques des conflits et leurs modes de prévention et de gestion, sous la forme de publications;

2°) des propositions et des recommandations aux différentes institutions engagées dans des processus de prévention ou de résolution des conflits en Afrique.

3°) La mobilisation de personnes ressources réunies au sein d’un collège de sages mobilisable en cas de besoin

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Présentation détaillée :

I/ Enjeux

En raison de la prolifération des foyers de tensions du fait de l’extrême précarité des conditions de vie des populations, la compétition pour les ressources prend souvent des allures dramatiques A cela s’ajoute la non prise en compte des mécanismes de régulations sociales fondés sur les valeurs et réalités des communautés africaines. Il est unanimement admis aujourd’hui que la problématique des conflits pose avec acquité les problèmes de gouvernance. Elle paraît rendre compte du déphasage des modes de gestion des affaires publiques avec les dynamiques socioculturellesles. les dynamiques institutionnelles manquent crucialement de légitimité. La complexité des phénomènes observés rend ainsi difficile l’analyse des relations de causes à effet, d’où la difficulté d’énoncer clairement des principes et des démarches de gestion des conflits qui soient universels. Les normes, les institutions et les mécanismes qui fondent la capacité d’une société à faire évoluer de manière positive et non violente des situations de conflits ou de conflits latents, constituent un sujet majeur de recherche et de débat qui intéresse le monde entier.

En Afrique, les conflits entre groupes sociaux trouvaient traditionnellement plus d’issues heureuses dans les négociations et l’arbitrage dans les affinités et les alliances (ethniques et culturelles). Mais avec la culture urbaine populaire en émergence, les Etats n’ont pas su institutionnaliser des capacités appropriées de gestion non violente des conflits ou des conflits potentiels. Ainsi, nos mécanismes modernes d’arbitrage et de gestion préventive des conflits semblent généralement incapables d’alternatives viables acceptées par les populations. Or, les menaces de tensions sont dangereuses en l’absence de mécanismes de médiation, ancrés dans des valeurs culturelles séculaires positives et dotés d’institutions modernes fiables et démocratiques. Il s’y ajoute que l’extrême dépendance politique et économique vis-à-vis de l’extérieur complexifie les situations de crise, en faisant intervenir des intérêts et des sensibilités externes aux milieux concernés.

Les enjeux sont énormes. Il sont d’ordre économique (compétition pour les ressources entre acteurs au niveau local et intérêts de multinationales au niveau nationale et régionale), politique (inadaptation des modes de gouvernance aux réalités et potentialités des communautés), socioculturel (absence de dialogue interreligieux, interethniques, refus de la différence et de la diversité), etc. l’enjeu majeur pour le Groupe d’initiative est de renforcer les capacités d’analyse par rapport aux enjeux politiques, économiques et culturels des conflits ainsi que les distinctions entre les différents types de conflits et enfin la co-construction d’une force de propositions au service des organisations panafricaines ou régionales et des communautés.

II/ Objectifs de changement :

Améliorer les connaissances sur la dynamique de résolution des conflits en Afrique et les stratégies de leur gestion préventive et non-violente.

Capitaliser les connaissances sur le développement et la gestion des conflits dans la région Ouest-africaine.

Dégager des propositions alternatives de prévention et de dénouement de conflits latents ou en développement, documentées à partir des expériences concrètes vécues par les différents acteurs.

Renforcer les liens entre les initiatives de paix et de stabilisation menées par la Commission de l’U.A., la CEDEAO et celles conduites à la base par les organisations de la société civile.

III/ Résultats et Produits attendus

1- Des valeurs, des principes et des règles constitutifs de traditions positives de prévention et de gestion non-violente des conflits sont revalorisées et intègrent la palette des instruments de régulation aux plans local, national et régional.

2-Des connaissances sur les dynamiques d’émergence et d’évolution des crises en Afrique, mettant en cause les modes d’administration des territoires locaux et des pays-frontières.

3-Des informations fiables et des connaissances utiles capables d’aider les partenaires et le public, à forger des opinions et à décider des postures à prendre dans la gestion des conflits qui minent ces régions. (Quid de l’analyse des intérêts des différents acteurs)

4-Des espaces de dialogues de débats et d’interpellation sur les crises nationales et régionales en Afrique émergent ou sont consolidés.

5-Stratégies de mise en oeuvre

A) Zone de couverture

L’ambition de ce Groupe d’initiative sur la prévention et la gestion des conflits, est de couvrir l’ensemble de l’Espace CEDEAO. Mais une première phase exploratoire est définie. Durant cette phase exploratoire, l’Initiative s’intéresse principalement à trois pays de concentration autour de la région du Fleuve Mano (le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée). Le champ d’investigation touche aussi 2 autres ensembles transfrontaliers:

1-l’un, entre , la Séné-gambie (le Sénégal, la Guinée Bissau et la Gambie)

2-le second,la région entre la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Mali.

Il s’agit de fédérer, au sein d’une même initiative de recherche et de proposition, différents acteurs concernés par les conflits dont les foyers se trouvent : en Guinée, au Libéria, en la Sierra Leone, tout en se donnant les moyens de s’inspirer d’autres expériences (en Casamance, en Guinée Bissau, en Côte d’Ivoire avec leurs repercussions sur les voisins imédiats).

Au-delà de ces ensembles transfrontaliers, l’initiative entend aller vers les communautés pour collecter et mettre en lien leurs expériences, savoirs et savoir-faire en matière de régulation sociale et de gestion préventive ou de résolution de conflits. L’objectif étant de mettre en réseau des acteurs et des initiatives dans le domaine de la gestion des conflits.

B) Démarche opérationnelle

Un processus de collecte/analyse d’expériences et de points de vue sera organisé au niveau des différentes zones et pays ciblés mais principalement dans les pays de concentration, en vue de documenter différentes situations mettant en scène des protagonistes au niveau local, national, régional.

L’analyse comparative des expériences collectées permet d’identifier les spécificités et les continuités dans la manière dont les crises surviennent, sont gérées ou prévenues. Le processus de mise en œuvre prévoit deux phases.

1-Une première phase (Mars – juin 2007)

Elle sera consacrée à :

l’identification des acteurs à mobiliser (institutionnels, organisations de la société civile, coutumiers, religieux, chercheurs, traditionnistes, etc.), afin de constituer un premier noyau pour lancer le processus

le lancement de l’initiative à travers l’organisation d’un atelier fondateur dans l’un des trois pays de concentration, connaîtra la participation du noyau d’acteurs représentant des organisations venant de la Guinée, de la Sierra Leone, du Liberia, de la Gambie, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée Bissau, du Burkina Faso, Mali, du Ghana, Sénégal, du Togo et du Bénin.

Les discussions porteront sur :

• la problématique de l’implication des acteurs non institutionnels (OSC, coutumiers et religieux) dans la prévention et la gestion des conflits ;

• le sens de cette initiative ;

• les modalités concrètes de mise en place et d’animation du Groupe d’initiative ;

Cet atelier est surtout une opportunité pour réaliser un premier recueil de fiches d’expériences. Un appel à contribution pourrait être lancé pour recueillir des expériences d’autres acteurs qui ne participeraient pas à l’atelier.

Il est attendu également de cet atelier l’Elaboration (ou tout au moins l’esquisse) d’une vue d’ensemble de différentes situations de conflits (les acteurs, les ressources, les dynamiques économiques et politiques, les représentations, les étapes marquantes ; ). Cette vue d’ensemble fera l’objet d’une note de positionnement qui sera diffusée largement pour informer tous les partenaires et protagonistes potentiels de ce Groupe d’initiative thématique.

la collecter des expériences et la mise en réseau des initiatives

L’atelier devrait permettre d’entamer une collecte d’expériences au niveau local, national et régional par les médiateurs des pays de concentration, les personnes contacts dans les autres pays, pays les membres du noyau, et des personnes ressources. Ce travail prend en compte les initiatives en cours ou des expériences passées. Il s’agira donc de recueillir une masse importante d’informations et de connaissances sur les pratiques des acteurs permettant une description des initiatives locales de référence en matière de gestion des conflits et de les relier au niveau national et régional.

Une première analyse transversale permettant de :

• situer et de caractériser à la fois les aspects spécifiques et les aspects communs à chaque situation de conflits ;

• orienter des propositions de recherche, de collecte d’autres expériences et de points de vue fondées sur une meilleure compréhension des dynamiques particulières à chaque situation de conflit.

• Faire la synthèse générale des connaissances capitalisées par le Groupe d’initiative et esquisser les grandes lignes d’un projet de convention (ou charte) sur la prévention et la gestion des conflits (base de discussions avec le département Paix et Sécurité de la CUA).

Cette première phase couvre la période de Février à Juin 2007 et devraient permettre de produire des référents permettant d’entrer en partenariat avec les institutions régionales comme la CEDEAO et l’Union africaine.

2-une phase de développement (à partir de Juillet 2007)

Une phase de développement, à partir de 2007, sera conduite en partant des grands chantiers définis dans la perspective de produire des connaissances plus fines et publiables. Cette phase se poursuivra dans le cadre de la construction des autres pôles régionaux. L’objectif étant d’élargir à la construction d’espace de partages ou d’analyse comparée avec d’autres situations de conflits dans d’autres régions d’Afrique (notamment, la région des grands lacs, la corne de l’Afrique…).

Un Comité d’initiative sera mis en place, qui réunira des acteurs impliqués dans la gestion de ces différentes crises représentant la diversité des acteurs impliqués dans ces conflits.

C) La construction d’un espace d’interpellation et de propositions

Le Groupe d’initiative recherchera des partenariats avec les médias nationaux et régionaux, pour la co-gestion d’espaces d’interpellation et de propositions sur les crises majeures qui surviennent sur le plan national ou régional. Ces partenariats stratégiques seront fondés sur des apports mutuels : le Groupe d’initiative mettra à la disposition des média toute la base d’informations collectées et/ou analysées sur différentes situations de crises en Afrique ; en contrepartie, le média partenaire s’engage à mettre à la disposition du public, des informations fiables et des connaissances utiles capables d’aider à forger des opinions éclairées et à décider des postures à prendre lorsque des crises adviennent ou lorsqu’une situation menace d’évoluer en conflits.

Enfin, annuellement, en rapport avec l’actualité et les opportunités de partenariat, le Groupe pourrait animer, sous l’égide de la coordination de l’Alliance, un atelier sur un thème relatif à la « gestion préventive des conflits » ou la “médiation en temps de crise”, documenté à partir d’expériences concrètes. Les produits de ces ateliers sont : des documents de réflexion; des propositions de solutions pour la prévention ou la gestion non-violente de conflits ou de conflits latents

D) Construire un réseau de partenaires.

Cette initiative thématique fait partie des projets de partenariat entre l’Alliance et la CUA. L’Alliance, dans la perspective de la collaboration avec le Département Paix et Sécurité, de la CUA, se propose de développer une masse de connaissances, un réseau de partenaires sur cette problématique.

Dans cette optique, Le Réseau des Femmes du Fleuve Mano pour la paix (REFMAP) pourrait constituer un cadre idéal pour la mise en œuvre de la phase exploratoire. Ce réseau capitalise plus d’une décennie d’expérience en matière de gestion des conflits et de médiation dans la région du Fleuve Mano (entre le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée) plongée dans des conflits complexes.

Le Dr Saran Daraba Kaba, leader du REFMAP et membre du conseil de l’Alliance et de l’Alliance des initiatives pour la paix et la stabilisation en Afrique de l’Ouest, se propose de s’investir dans cette initiative durant sa phase d’émergence, en relation avec le Centre de Ressources, notamment le Point focal.

Le Dr Saran Daraba Kaba, en relation avec le Point focal, identifiera un premier groupe de partenaires dans les pays et Zones ciblées, au moins une dizaine (10) d’organisations engagées à différents niveaux dans la gestion des conflits sur le continent pour la phase exploratoire tant dans les pays de concentration que des autres pays.

L’essentiel de ce travail intègre le plan d’action de l’Alliance des initiatives pour la paix dont le Plan d’action 2006 – 2007 s’inscrit dans cette dynamique. Cette Alliance qui se construit depuis 2003, sous l’égide de Gorée Institute (basé sur l’Ile de Gorée au Sénégal) mobilise déjà plus d’une vingtaine d’organisation de la société civile ouest africaine engagées sur les questions des conflits. Cette Alliance tient courant Mars 2007 à Ouagadougou, une rencontre régional sur « Gouvernance, citoyenneté et gestion des conflits et Afrique: Les enjeux de la stabilisaté sociale en Afrique de l’Ouest ». C’est déjà un espace qui s’ouvre au groupe d’initiative.

Par ailleurs, le développement d’un partenariat stratégique avec la CUA et la CEDEAO constitue une priorité pour ce Groupe d’initiative, pour lui apporter une légitimité, des appuis techniques et financiers.

En perspective, il est attendu, que ce Groupe d’initiative intègre des organisations (étatiques et non étatiques) présentes dans d’autres situations de conflits sur le continent.

Partenariat engagé :

Réseau des Femmes du Mano River pour la Paix (REFMAP)

L’Union inter Africaine des droits de l’Homme (UIDH),

Club du Sahel Afrique de l’Ouest

Réseau des communicateurs traditionnels (Guinée)

Alliance des initiatives africaines pour la Paix en Afrique de l’Ouest,

L’Association N’Ko (Mali)

Réseau WANEP (Ghana)

ONG THA-MERI (Sauver la paix pour sauver des vies- Côte d’Ivoire)

Partenaires Institutionnels : l’Union africaine, la CEDEAO