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7e Forum Global « Réinventer la gouvernance pour recréer la confiance » (26 – 29 Juin 2007 à Vienne, Autriche

Atelier 3 Décentralisation et Gouvernance locale : Discours d’ouverture de M Henrique Pereira Rosa

By (June 2007)

Ce discours prononcé par Henrique Pereira Rosa, président du Conseil de l’Alliance à l’ouverture de l’atelier s’apesantit sur l’importance pour une religitimation de l’état, mais en même temps il s’interroge sur les dérives dont la décentralisation peut être porteuse dans des pays où l’unité nationale est fragile comme la Guinée Bissao.

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Atelier 3 Décentralisation et Gouvernance locale: Discours d’ouverture de M Henrique Pereira Rosa

Excellences,

Mesdames et messieurs,

Distingués délégués et participants au 7e Forum Mondial sur la Réinvention du Gouvernement, et plus particulièrement à l’atelier « Décentralisation et Gouvernance locale », co-organisé par le Ministère français des Affaires étrangères et européenne, l’Alliance pour Refonder la Gouvernance en Afrique et Cités et Gouvernements Locaux Unis, Afrique que je remercie de m’avoir invité à présider cette rencontre.

Je voudrais vous faire part de mon expérience et de mes questionnements par rapport au thème de ce forum à la suite de la courte expérience où j’ai été Chef d’Etat de Guinée Bissau de septembre 2003 à octobre 2005. Je ne suis pas à promptement parler un homme politique, je suis un homme d’affaires à qui on a demandé de venir gérer la transition. J’ai donc été immédiatement confronté à la légitimité de l’action publique en tant que Chef d’Etat.

Il m’est apparu qu’il y avait un décalage entre la réalité perçue, les décisions prises au niveau de l’Etat, et le vécu des sociétés. Ce décalage pose effectivement la question de la légitimité de l’action publique.

J’ai par ailleurs trouvé un pays pratiquement sans moyens d’action, mais où, par contre les possibilités d’entreprendre sont immenses. Le décalage entre marges d’initiatives des populations et la quasi incapacité de l’Etat à ouvrir des perspectives pour faire prospérer ces initiatives et répondre aux besoins de base des populations m’a amené à m’interroger sur la possibilité d’aborder les questions de développement autrement, non plus à partir des réflexions macro-économiques au niveau national, mais à partir du niveau local. Ceci m’a amené à me demander si pour nos Etats, la décentralisation ne représentait pas le meilleur moyen pour réconcilier les populations avec les institutions et l’action publique.

Evidemment cette option porteuse d’opportunités nouvelles pour nos Etats n’est pax exempte de quelques interrogations fondamentales :

  • Dans les Etats relativement jeunes comme la Guinée Bissau aux institutions étatiques encore en construction, la décentralisation ne risquerait elle pas d’introduire un risque pour l’édification de la Nation ?

  • Nos Etats souffrent d’un manque cruel de capacités humaines et financières. Le choix politique en faveur de la décentralisation ne risque-t-il pas de fragiliser un peu plus les faibles capacités existantes ?

Je suis venu dans cet atelier pour échanger et essayer de trouver des réponses à ces interrogations, qui me semble-t-il, sont partagées par la plupart des pays. Je souhaite que nos échanges m’apportent des éclairages sur ces interrogations mais aussi nous permettent d’arriver à quelques points de consensus sur la manière d’aborder la décentralisation et la gouvernance locale.

Je suis en effet convaincu que la décentralisation et la gouvernance locale soulèvent un certain nombre de questions communes à tous les pays, comme les couples unité/diversité, légitimité/ légalité, développement local/ développement national et bien d’autres. Mais à ces questions communes, chaque pays doit pouvoir apporter des réponses spécifiques à son contexte, à son histoire, à son système politique, à la vision que le peuple a de son devenir.

Chers amis,

Quand on parle de la méfiance du citoyen vis-à-vis des institutions ; quand le citoyen vote pour protester ou s’abstient de voter ou d’adhérer aux politiques qui lui sont proposées par les protagonistes politico institutionnels ; quand le citoyen promeut des espaces parapublics, qui se présentent comme alternative à l’espace public démocratiquement normalisé par l’Etat de droit démocratique, nous sommes en présence d’une crise de légitimation et des signes de dissolution du contrat social qui est à la base, de la démocratie constitutionnelle et représentative.

Que faire alors face à tous ces signes de désajustement entre le modèle théorique et le modèle pratiquement observable ? Comment peut on adopter et mettre en Ĺ“uvre le principe de subsidiarité, principe qui recommande à l’Etat de s’occuper seulement de ce qu’il peut mieux faire, laissant tout le reste sous la responsabilité des instances locales, des communautés, des entreprises et de la société civile ?

Il est évident que la complexité de ces questions ne me permet pas de formuler de réponses qui anticiperaient sur les débats que nous allons mener ensemble. C’est d’ailleurs pour cela – au regard de la complexité des thèmes proposés - que cet atelier apparaît surtout comme un défi. C’est un défi que nous devons relever, avec notre capacité de réflexion maintenant et, plus tard à travers notre engagement civique et politique.

En effet, adoptant la systématisation de Helmut Wylke pour ce paradigme de l’Etat émergent, je dirais avec lui, pour terminer, que « l’Etat constitutionnel souverain doit être moins souverain et plus sage, moins centre du pouvoir et plus régulateur, moins autoritaire et plus superviseur, moins héros et plus intelligent. »

Je nous souhaite à tous de fructueux échanges. Merci de votre bienveillante attention.