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Enjeux et défis de la cohabitation des légitimités dans le cadre de la gouvernance locale au Burkina Faso (Compte rendu de l’Atelier de Ouagadougou, les 25 et 26 Novembre 2008)

By ARGA/ACE-RECIT

Le processus de dévolution des pouvoirs, des compétences et des ressources du niveau central (l’Etat) vers des organes élus locaux (les conseils municipaux et régionaux) à travers la réforme de la décentralisation a connu un tournant décisif depuis avril 2006 au Burkina Faso. En effet, le pays est entré dans une dynamique de communalisation intégrale. Tous les citoyens du Burkina sont désormais aussi citoyens d’une commune, qu’elle soit rurale et urbaine. Du coup cette réorganisation à la fois territoriale et institutionnelle va sans doute poser avec acuité la problématique des ordres de légitimités, de leur cohabitation dans l’animation de la vie publique, de l’accès et de la gestion de l’espace public.

Au regard des enjeux de pouvoirs qui se jouent sur les arènes locales et de la nécessité d’Ĺ“uvrer à prévenir les risques de divorce entre les dynamiques institutionnelles et celles socio-historiques, l’Alliance pour refonder la gouvernance a lancé une initiative régionale (en Afrique de l’Ouest) sur cette problématique. Et comme relevée plus haut, le contexte actuel de la communalisation intégrale interpelle fortement le Laboratoire Citoyennetés qui le vit au quotidien à travers ses actions d’appuis aux collectivités locales. Des initiatives sont engagées dans les communes d’intervention du Labo sous formes de recherches socio-anthropologiques et des forums multi-acteurs. Mais il apparaît important d’élargir le champ de la réflexion à d’autres acteurs (universitaires, parlementaires, ministères, centres de recherches, partenaires techniques et financiers, organisations de la société civile, les communautés religieuses et coutumières à une échelle plus large, notamment le niveau national)

Cette initiative a été enclenchée en 2007. En effet, dans le cadre de leurs activités l’Alliance et le Laboratoire Citoyennetés ont animé une journée d’échanges consacrée à la question si importante de la gouvernance locale à Ouagadougou le 12 avril 2007. Elle s’est clôturée sur certaines recommandations dont :

• La nécessaire construction au niveau national d’un cadre permanent de convergence des initiatives, de partage et de mutualisation des expériences,

• La poursuite du dialogue à travers l’organisation de rencontres thématiques plus ciblées

L’atelier de Novembre 2008 s’inscrit dans la suite logique de ces recommandations et participe de cette nécessité de revisiter le processus de décentralisation à travers les expériences vécues par différents acteurs et les efforts qu’ils déploient afin de rendre la gouvernance quotidienne plus en phase avec les aspirations et attentes des populations.

En lançant cette réflexion, le Laboratoire Citoyennetés veut offrir un cadre de convergence de vue et de propositions novatrices, à partir d’une diversité d’expériences concrètes et des résultats d’études sur les typologies des légitimités qui cohabitent dans les différentes aires socioculturelles du Burkina Faso.

Objectifs de l’atelier

Cet atelier de dialogue et de réflexion qui a duré deux jours, a connu la participation d’éminentes personnalités : des universitaires, des chercheurs, de hauts responsables du ministère en charge des collectivités territoriales, de celui des enseignements secondaire supérieurs et de la recherche scientifique, des représentants des institutions comme l’Assemblée nationale, le conseil constitutionnel, des responsables de différentes communautés religieuses et coutumières, des représentants des organisations de la société civile, etc.

Globalement, il avait pour objectif d’ouvrir les débats sur les légitimités autres que celles issues des élections et du droit positif moderne et leur apport à l’ancrage d’une gouvernance locale légitime et apaisée.

En termes d’objectifs spécifiques, il s’agissait de :

• mobiliser différentes catégories d’acteurs autour de la même table pour engager une réflexion collective

• permettre à des porteurs d’expériences en matière de cohabitation de légitimités de les partager avec d’autres acteurs

• mettre en dialogue les tenants du pouvoir politique moderne et « traditionnel », les acteurs sociaux et les partenaires techniques et financiers pour un diagnostic collectif de leurs rapports et une recherche d’alternatives crédibles

• Promouvoir des mécanismes inclusifs dans la régulation des rapports entre les acteurs dans l’accès et la gestion de l’espace public

• rechercher et proposer des pistes de réflexion continue pouvant déboucher sur des propositions de méthodes d’actualisation de certaines valeurs et normes sociales pouvant contribuer à légitimer les institutions locales

• Produire des référents publiables et partageables avec d’autres acteurs au niveau sous-régional.

Cet atelier se voulait un cadre mobilisateur de différentes catégories d’acteurs de la vie publique au Burkina Faso autour de l’initiative. Sur ce plan, il a atteint son objectif. Il a mobilisé pendant deux jours environ une cinquantaine de participants représentant les institutions publiques nationales (Assemblée nationale, ministères de l’administration territoriale et de la décentralisation, ministères des enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique, etc.), exécutifs locaux, des partenaires techniques et financiers (délégation de l’Union Européenne, Coopération suisse, service allemand de développement, coopération française, PNUD, etc.), le monde universitaire, les communautés coutumières et religieuses, des organisations de la société civile, des centres de recherche, d’études et d’appui à la gouvernance, des personnes ressources, des étudiants, etc.

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