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Les élections municipales et la reconfiguration des arènes locales dans le Ganzourgou

By Laboratoire Citoyennetés (ACE-RECIT) (September 27, 2010)

Les élections municipales de 2006 ont été marquées par l’érection de communes rurales parachevant du coup le processus de décentralisation intégrale au Burkina Faso. Les départements de Boudry et de Mogtedo, (situés dans la province du Ganzourgou au centre-est dans la région du Plateau central) ont la particularité d’être à cheval entre deux zones agro-écologiques. Des aménagements hydro agricoles y ont été réalisés par l’opération d’aménagement de la vallée des volta (AVV), un organisme créé par l’Etat. Des migrants venus du Nord ont été installés dans des villages pour cultiver les terres récupérées. Il en a résulté le plus souvent des rapports conflictuels entre les villages de migrants et les villages autochtones quant à la gestion foncière, aux prérogatives administratives et l’accès aux projets de développement. Pour les chefferies coutumières riveraines des villages AVV, les élections municipales constituent une opportunité de reconquérir une influence sur les hommes et les terres aménagées en s’appuyant notamment sur les partis politiques. Pour le recrutement des candidats, les partis en compétition (trois à Boudry et quatre à Mogtedo) ont développé chacun sa propre stratégie électorale.

Le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), parti majoritaire au pouvoir d’Etat, a exigé l’imposition des quotas de femmes sur les listes sur la base d’au moins 25% de femmes dans les communes urbaines et 50% dans les communes rurales. Cette exigence a occasionné le retrait de nombreux candidats « naturels » ainsi que l’échec de certains « parachutages » notamment en ce qui concerne les cadres ressortissants des villages. En outre, le parti a diffusé l’idée selon laquelle la nouvelle fonction de maire serait une fonction de gestion et non de pouvoir d’où la nécessité de privilégier pour ce faire des conseillers plus dynamiques ayant un certain niveau d’instruction. D’une part, cela a amené certains à se retirer, intimidés par l’ampleur des tâches à accomplir. D’autre part, des anciens responsables ont été mis à l’écart car jugés trop âgés et/ou trop peu instruits pour assurer cette nouvelle fonction.

Au CDP, les listes ont été constituées par élection ou par consensus (jugé de façade car l’unanimité s’est porté sur les candidats ayant le soutien des notables et chefs coutumiers ou religieux). Ce parti politique semble avoir mis l’accent sur des hommes et des femmes qui ont assumé des fonctions politiques et administratives dans leurs villages et pétris d’une grande expérience. Il faut des hommes ont été placés en tête de listes dans les villages autochtones. Les villages d’immigrés n’ont eu d’autres choix du fait du respect des exigences de quotas. Quant aux autres partis, du fait de leur absence dans les villages avant les élections, le recrutement des candidats s’est plutôt fait par affinités.

La stratégie électorale du CDP a occasionné la défection de ceux qui s’estimaient être les candidats légitimes, des ruptures (désengagement du parti), des retournements de candidats malheureux (inscrits sur la liste d’autres partis) et le parachutage (candidats inscrits sur une liste autre que celle de leur lieu de résidence habituelle) notamment suite à l’intervention non seulement de la chefferie coutumière mais aussi d’autorités religieuses dans l’optique entre autres de restaurer ou de consolider leur pouvoir sur les populations.

Les élections d’avril 2006 dans les départements de Boudry et Mogtedo ont permis de positionner de nouveaux acteurs dans l’arène politique locale. en définitive, trois phénomènes majeurs ont été observés à savoir le renouvellement et le rajeunissement des acteurs politiques locaux, la forte féminisation des élus, le renforcement de certaines chefferies traditionnelles. L’intervention des chefferies coutumières a pesé sur la désignation des candidats de nombreux villages sur les listes du CDP. Il s’agissait pour ces derniers d’une aubaine pour assurer le contrôle du pouvoir local qui leur échappait progressivement suite aux logiques modernes ou institutionnelles de gouvernance et de gestion des terroirs. La consigne des quotas du CDP a été suivie dans les villages concernés. Les femmes dont les candidatures ont été validées sont issues en majorité des villages de migrants.Toutefois, une des inquiétudes qui demeure concerne leur absence probable aux débats du conseil municipal en raison non seulement de leur statut de femme mais aussi d’immigré. Ceci pourrait entraîner la mise à l’écart des villages immigrés des décisions concernant la gestion de leur commune.