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Forum sur le cinquantenaire des indépendances (Koudougou Burkina Faso):Les articulations entre les différents niveaux d’intégration et la décentralisation: constats et perspectives

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By Lassané SAVADOGO

Au moment de l’accession à l’indépendance des États africains, la question de l’unité africaine se posait de manière récurrente. Deux types d’arguments étaient invoqués à l’appui de cette revendication unitaire. Il s’agissait d’une part de l’argument de la légitimité historique et d’autre part de l’argument de la nécessité.

Selon l’argument de la légitimité historique, l’unité consistait en la simple restauration d’une situation préexistante, celle de l’Afrique pré coloniale. C’est cette conception qui a présidé au 5e congrès du panafricanisme, tenu à Manchester, aux lendemains de la 2e guerre mondiale. Dans une de ses résolutions, le congrès stigmatisait en effet « les divisions artificielles et les fictions territoriales créés par les puissances impérialiste) (…) pour faire obstruction à l’unité politique des peuples ouest africains ». Quant à l’argument de la nécessité, il fut principalement le fait du Docteur NKROUMAH et aussi du mouvement panafricain. L’argument de la nécessité procédait d’une certaine analyse de la situation africaine et aboutissait à la conclusion de la non viabilité de l’Etat africain post-colonial. L’unité était non seulement nécessaire mais devait en plus se faire immédiatement.

On savait pourtant que de nombreux obstacles s’opposaient à la réalisation de l’unité. Ces obstacles étaient ceux liés au contexte international, ceux liés au passé colonial, les options politiques, les rivalités et les nationalismes. Toutes les constructions inter-africaines de l’époque étaient l’expression de ces obstacles tant à l’échelle régionale que sur le plan continental.

Il s’agit notamment de l’Union des États de l’Afrique de l’Ouest (UEAO) créée le 23 novembre 1958 entre le Ghana et la Guinée, de l’Union des États africains (UEA) créée le 29 avril 1961 à Accra entre le Ghana, la Guinée et le Mali devenu disponible après la dislocation de la fédération du Mali, de la convention d’Union douanière du 9 juin 1959 passée entre la Côte-d’Ivoire, le Dahomey, la Haute-Volta, la fédération du Mali, la Mauritanie et le Niger ; le Conseil de l’Entente institué le 29 avril 1959 entre la Côte d’Ivoire, le Dahomey, la Haute-Volta et le Niger.

Il en était de même sur le plan continental. On peut citer l’exemple de l’Union africaine et malgache (UAM) créée le 7 septembre 1961 et qui regroupait 8 États francophones qualifiés de « modérés » qui deviendra OCAM en 1967, le groupe de Casablanca qui fut mis en place en janvier 1961 par 7 États en réplique à la création de l’UAM par les États du groupe de Brazzaville, le groupe de Monrovia formé en mai 1961, l’OUA instituée par la charte de l’Unité africaine adoptée le 23 mai 1963 à Addis-Abeba.

La création de l’OUA quoi qu’on dise a représenté un moment important dans le processus de la réalisation de l’Unité africaine car ce fut la première fois qu’une organisation est parvenue à regrouper l’ensemble des Etats africains en son sein. Elle a permis également d’enclencher le processus pour la construction des organisations d’intégration. Ce processus a été consacré avec l’adoption du Plan d’action de Lagos le 29 avril 1980 par la conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’OUA qui s’était réunie en session extraordinaire à Lagos au Nigeria. Le PAL, postulait d’une part la création de la Communauté économique africaine et la création de communautés économiques régionales correspondant aux cinq régions africaines à savoir l’Afrique du Nord, l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Est, l’Afrique Australe et l’Afrique de l’Ouest.

La création de la Communauté économique africaine en 1991 qui est fondée sur la philosophie du PAL. La CEA avait également pour mission d’assurer une articulation entre elle et les Communautés économiques régionales (CER). A cet effet, les Etats se sont engagés à prendre toutes les mesures nécessaires pour éliminer les incompatibilités entre la CEA et les CER tandis qu’à la conférence, il a été conféré le pouvoir de prendre des décisions et des directives à l’endroit des CER en vue de la réalisation des objectifs de la CEA.

Il convient également de relever que les peuples n’ont pas été oubliés dans ce traité dans la mesure où l’article 3-8 fait état de la participation populaire au développement après l’adoption de la Charte africaine de la participation populaire en 1990. C’est dans cette optique que sera créé le PAP et qu’il sera procédé à l’établissement de relations avec les ONG africaines ainsi que les associations socio-économiques.

La même dynamique se retrouve dans toutes les CER à l’exception de l’UMA qui éprouve de sérieuses difficultés de fonctionnement. Il convient également de relever la transformation de l’OUA en UA qui constitue une évolution qualitative. Cette mutation s’est opérée avec l’adoption de l’Acte constitutif le 11 juillet 2000 à Lomé au Togo. Il y a enfin l’adoption du nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) adopté par le sommet de Lusaka en tant que programme de l’UA.

Au total, il y a lieu de reconnaître que la question de l’Unité africaine, a connu quelques évolutions et peut-être même des avancées. Mais celles-ci demeurent assez timides et limitées et si l’on peut dire que le continent s’est engagé dans la bonne voie, il convient également de reconnaître que beaucoup reste encore à faire pour parvenir à un continent intégré et prenant en main la charge de son destin. A maints égards, le continent reste figé dans les méandres des années 1960. Au même moment, des défis nouveaux ont fait leur apparition auxquels il faut trouver des réponses

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Lassané Savadogo

Juriste, ancien ministre, député à l’Assemblée nationale, membre fondateur de l’Association ACE-RECIT