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La légitimité traditionnelle peut être un frein dans la mise en valeur du foncier rural

By GADIAGA, Pape Abdoulaye (Nioro du Rip, February 2008)

L’Etat sénégalais a instauré, en 1964, une loi sur le domaine national qui, jusqu’à présent, n’est pas appliquée convenablement par les populations. En effet, un projet de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) a été initié dans le département de Nioro du Rip (situé à 250 Km de Dakar, Capitale du Sénégal) et devait concerner les villages de Keur Sette Peulh, Keur Sette Diakhou Wolof et Keur Sountou. Le projet s’intitule « petite hydraulique villageoise » et s’inscrivait dans le cadre de la lutte contre la pauvreté.

Ces villages choisis allaient bénéficier, en matière d’horticulture de semences, d’engrais, de produits phytosanitaires, ainsi que du matériel d’exhaure (puits et accessoires), et enfin d’équipements. En matière d’élevage, ces villages devaient être dotés de béliers et de coqs raceurs pour améliorer le cheptel ovin et la volaille.

Mais une seule condition : chaque village retenu devrait disposer au moins de deux hectares de terres prévues à cet effet.

C’est ainsi que nous nous sommes rendus à Keur Sountou avec une équipe chargée d’identifier les sites. Nous avons mis beaucoup de temps pour avoir la parcelle de deux hectares, seul le marabout du village qui dispose de terres avait un endroit idéal pour recevoir ce projet. Mais il a refusé de céder cette parcelle malgré l’intervention faite pour lui expliquer tous les avantages liés à un tel projet

A Keur Sette Peulh, le terrain choisi appartenait à deux personnes (c’est-à-dire deux parcelles jumelées). Le chef de village était propriétaire de l’une des parcelles et l’autre appartenait à un villageois qui a refusé de coopérer.

Maintenant, les promoteurs, étonnés et découragés, risquent de retirer ou délocaliser le projet, en tournant définitivement le dos aux trois villages précités.

Comments

Cette expérience illustre parfaitement qu’il reste vain de vouloir ni de faire le bonheur de quelqu’un malgré lui. En effet, je pense personnellement que si une étude au préalable avait été faite avec le conseil rural, les chefs de village et notamment avec la population concernée un tel problème ne se serait pas posé.

Le marabout a refusé, peut-être par méconnaissance des textes et par manque de sensibilisation et communication.

Le projet devrait émaner de la base et non parachuté du niveau central vers la base.

L’application de la loi, pour être rigoureuse à tous les niveaux (chefs de villages, notables, conseillers et marabouts, etc.) doit être précédée par son appropriation par les concernés eux- mêmes, et notamment acceptée volontairement par ceux qui sont censés être détenteurs du foncier en général et qui le gèrent comme ils l’entendent au grand dam du grand nombre de producteurs.