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Les échecs dans la mise en oeuvre de projets non avalisés par les légitimités traditionnelles locales

By GAYE, Goumbo (Nioro du Rip, September 2008)

L’Etat du Sénégal, se fondant sur les conventions internationales, sur les recommandations pertinentes de l’Unesco, sur la Constitution, qui affirment toutes le principe selon lequel « toute personne a droit à l’éducation », s’est fixé comme objectif la scolarisation intégrale de tous ses fils en âge de fréquenter l’école.

Et pourtant, malgré les efforts considérables déployés dans ce sens, la situation demeure préoccupante. En effet, un village dénommé Darou Mbapp de ladite communauté rurale a bénéficié, en 2000, d’un projet de création d’une Ecole Communautaire de Base grâce au financement du Projet d’Appui au Plan d’Action (P.A.P.A.) dans le cadre de la phase d’expérimentation. Sa formation terminée, un fils du village a été choisi pour initier l’enseignement élémentaire dans le village ; le projet s’est engagé avec détermination et a mis en place tout le matériel nécessaire pour le démarrage de cette école. Mais les villageois, toujours réticents et réfractaires à l’installation d’une école française, refusent de céder un quelconque lopin de terre pouvant abriter la structure. En plus, l’imam du village n’a de cesse de réaffirmer sa volonté de n’accueillir que des écoles coraniques. Pour lui, le village dispose d’un potentiel économique certain qui n’est sous-tendu que par la formation polyvalente assurée, à travers les âges, par le système traditionnel des daaras.

Mais les partenaires avaient bon espoir quant à la réussite du projet, d’autant plus que le facilitateur (enseignant) est un fils du village. Et ce dernier était résolu à s’y investir pour sa promotion et dans l’intérêt de la communauté villageoise ; étant convaincu du ralliement progressif de tous les cohabitants à sa noble cause. A cet effet, il a eu l’entière confiance et l’appui moral et matériel d’une bonne partie de ses parents. Ce qui l’a, d’ailleurs, amené à implanter l’école dans les limites de sa concession familiale. Ainsi, comptait- il régler la question du local.

Aux termes des conditions de la mise en Ĺ“uvre du projet « P.A.P.A. », il est mis à la disposition d’une telle école un fonds pour la réalisation des activités productives. Donc, l’institution a des fonds disponibles en la matière. Toutefois, c’était sans compter avec la légitimité de l’imam qui est resté impavide à tout ce processus. C’est ainsi que, dans le village, les tiraillements et des prises de position hostiles au projet n’ont cessé de s’amplifier. Et, comme une traînée de poudre. Si bien que le bon fonctionnement de l’école a été sérieusement entamé :

  • déperdition accélérée des effectifs ;

  • isolement effectif du jeune maître comme mis au ban de la cité ;

  • demande des parents pour le transfert de leurs enfants vers les daaras, etc.

Tout compte fait, une triste fin pour l’école. L’année qu’elle a vécu n’a même pas eu le temps de s’achever, laissant derrière elle frustrations, méfiance, suspicions, voire discorde au sein de quelques familles.

Comments

A la lumière de cette expérience, il convient de tenir compte de l’opinion de certains leaders d’opinion, de négocier avec ces légitimités locales, gagner leur confiance, les responsabiliser dans toute action qui engage la vie de la cité.

Donc, étudier le milieu, comprendre avant d’entreprendre. Dans le cas d’espèce, le travail de sensibilisation devait s’opérer d’abord dans la famille de l’imam.

L’on pourrait peut-être entrevoir la réussite du projet si le jeune maître en question était un fils de l’imam, sous l’influence positive d’un proche. En tout état de cause, l’initiative d’un tel projet ne peut prospérer que si l’imam apporte son onction.

Par ailleurs, cette expérience de Darou Mbapp, en vue de la mise en place d’un service public, devrait attirer l’attention des ONG ainsi que celle des pouvoirs publics sur l’impérieuse nécessité d’impliquer les personnes influentes locales bénéficiant de légitimités fortes. Il y va de la cohésion sociale et de la réussite dans toute action de développement à la base particulièrement en milieu rural.

Notes

Daaras : écoles coraniques, institutions traditionnelles d’enseignement coranique et de formation à la vie en société