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Lobbying auprès des Chefs d’Etat de la Mano River Union (Guinée, Liberia et Sierra-Leone) pour la paix.

By REFMAP

Les femmes militant pour la paix au Libéria et en Sierra Leone, pays en difficulté situés dans la région du bassin du fleuve Mano, ont eu du mal à faire entendre leurs voix. Ainsi, depuis le début de la guerre civile du Libéria en 1989, les femmes libériennes se sont organisées pour venir en aide aux victimes et appuyer les initiatives nationales et régionales de paix.

En 1994, plusieurs organisations féminines religieuses et de développement ont créé le Mouvement pour la paix des femmes de la Sierra Leone, organisé des manifestations contre le conflit civil qui allait en s’intensifiant dans le pays et fait campagne pour les droits de la femme.

En 2000, les femmes de ces deux pays se sont réunies à Abuja (Nigeria) sur invitation de la Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et, de concert avec leurs homologues guinéennes, ont créé un mouvement féminin régional en faveur de la paix, le Réseau des Femmes de l’Union du fleuve Mano pour la Paix (MARWOPNET).

Ces pays sont si intimement liés, qu’une fois qu’il n’y a plus la paix au Libéria, la paix cesse en Sierra Leone et lorsqu’il y a des combats en Guinée il y a, par voie de conséquence, des combats au Libéria. C’est pourquoi, en tant que femmes, le seul moyen de permettre aux femmes africaines de jouer un rôle à part entière dans l’obtention de la paix est de soutenir leur lutte pour une pleine participation à la vie politique, économique et sociale.

Le réseau a pris de l’essor très rapidement et a adressé aux rebelles très redoutés du Revolutionary United Front (RUF) en Sierra Leone un appel des femmes en faveur de la paix. Il est également intervenu lors d’un sommet des chefs d’Etat de l’Union du Fleuve Mano (UFM) dans la semaine qui a suivi sa création. L’organisation a également engagé une campagne de recrutement afin d’augmenter la composition et l’efficacité des organismes nationaux qui lui sont rattachés. Grâce à leurs efforts, les femmes ont obtenu le statut de déléguées au 24e sommet de la CEDEAO en Décembre de la même année et elles ont indiqué aux dirigeants à quel point il était important de soutenir les programmes de rétablissement de la paix mis sur pied par les femmes.

Mais c’est l’initiative prise par le MARWOPNET de servir de médiateur dans le conflit de plus en plus intense qui opposait le Libéria à la Guinée en 2001 qui a montré ce que pouvaient obtenir les femmes grâce à leurs efforts en faveur de la paix en Afrique. Cette initiative a également mis en lumière les limites de leur action, due à l’insuffisance de leurs ressources et aussi au fait que les femmes aient été tenues à l’écart du processus officiel de paix.

A cette époque, les relations entre les pays de l’UFM étaient extrêmement tendues. Le Président du Libéria, Charles Taylor, avait expulsé les Ambassadeurs de la Sierra Leone et de la Guinée. Cette mesure avait été prise alors que le Libéria était accusé d’aider les rebelles du RUF en Sierra Leone et la Guinée de soutenir les rebelles libériens hostiles à M. Taylor le long de la frontière entre les deux pays. Malgré les efforts diplomatiques entrepris sans délai par la CEDEAO et ce qui était alors l’Organisation de l’unité africaine, l’animosité qui s’était installée empêchait d’organiser un sommet présidentiel. « Une haine et une animosité considérables étaient apparues entre les trois présidents, surtout entre le Président Taylor et le Président Conté. Le Président Conté disait qu’il ne siègera jamais aux côtés de Charles Taylor. » Face à cette situation, le MARWOPNET a envoyé une délégation de femmes occupant des postes de premier plan dans les trois pays pour qu’elles exhortent les chefs d’Etat brouillés à se réunir sans délai. Lorsqu’on a fait savoir à M. Taylor que la délégation attendait de le voir, il aurait dit, étonné : « Vous voulez dire que des dirigeantes de Guinée sont ici à Monrovia ? Et aussi des femmes de la Sierra Leone ? Comment les femmes libériennes ont-elles réussi à les faire venir ici?». Il a accepté de rencontrer le groupe et il a ajouté : « elles sont très courageuses. »

Lors de cette rencontre et d’autres avec M. Conté et avec le Président de la Sierra Leone, Ahmad Tejan Kabbah, le MARWOPNET a décidé de tirer le meilleur parti de la marge de manÅ“uvre politique restreinte accordée aux femmes. Les dirigeants savent qu’il leur faut écouter les femmes parce que les femmes ne veulent pas de la guerre. Ils savent aussi que les femmes ne leur demande rien d’autre que la paix ». Après avoir écouté ce que les femmes avaient à dire, M. Taylor a accepté de rappeler les Ambassadeurs de la Guinée et de la Sierra Leone et de participer à un sommet régional sur la paix. Les femmes se sont ensuite rendues à Conakry pour s’entretenir avec le Président Conté. Tout comme elle l’avait fait avec M. Taylor, la délégation du MARWOPNET a mis l’accent sur les souffrances humaines causées par la guerre et sur la nécessité impérieuse de paix. Mais, comme M. Conté continuait à s’opposer résolument à tout entretien direct avec le dirigeant libérien, un changement de tactique s’imposait. L’une des notables du groupe, a dit à M Conté : «Il faut qu’une rencontre entre hommes ait lieu entre vous et le Président Taylor pour que vous aplanissiez les différences entre vous, et nous, les femmes, tenons à être présentes. Nous vous enfermerons à clé dans cette pièce jusqu’à ce que vous reveniez à la raison, et je ne lâcherai pas la clé». Lorsque ses propos ont été traduits en français à M. Conté, il y a eu un long silence. Puis, il s’est mis à rire. Il n’arrivait pas à y croire. Finalement il a cessé de rire et il a dit : «quel homme pourrait me parler ainsi, à votre avis? Seule une femme pourrait me dire une chose pareille sans avoir à en subir les conséquences». Finalement, M. Conté a accepté d’assister au sommet et il a reconnu que c’était grâce aux femmes qu’il avait changé d’avis. «Bien des gens ont essayé de me convaincre de rencontrer le Président Taylor», a-t-il dit alors que la délégation partait. «Votre détermination et votre appel m’ont convaincu». Cet exploit diplomatique a été crucial pour le MARWOPNET car depuis des mois des médiateurs régionaux et internationaux avaient essayé en vain d’y parvenir. La médiation entre les Présidents Lansanah Conté de la Guinée, Charles Taylor du Libéria et Tidjan Kabbah de la Sierra Leone et leur participation aux négociations de paix sur le Libéria à Accra ont abouti à :

  • La tenue du Sommet des Chefs d’Etat de l’Union du Fleuve Mano à Rabah (Maroc)

  • La fin officielle de la guerre en Sierra Leone

  • L’organisation d’élections libres au Libéria’’

Mais lorsque les trois présidents se sont rencontrés au Maroc en mars 2002, le MARWOPNET était absent – victime de marginalisation politique et d’une grave insuffisance de fonds. Mais le plus grand problème est «la mentalité masculine » qui veut que les femmes ne soient pas censées jouer un rôle dans ce genre d’affaire. Les hommes n’hésitent pas à vous rencontrer et à vous dire qu’ils apprécient vos efforts et à vous promettre toute la coopération nécessaire. Mais, dans les faits, ce n’est pas ce que l’on observe. Ils veulent reléguer les au rôle de simples observatrices. Cette action doit amener à comprendre l’importance de la diplomatie préventive pour promouvoir un dialogue et éventuellement pour résoudre un conflit violent de manière non-violente. Elle montre aussi que la diplomatie préventive, généralement considérée comme une tâche réservée aux gouvernements, est devenue, depuis la moitié des années quatre-vingt, un important domaine d’actions pour les organisations non gouvernementales.

Afin de parvenir à une paix durable, l’apport des organisations humanitaires est fondamental: en connaissant le terrain et les acteurs locaux, elles peuvent dans certains cas mieux que la diplomatie traditionnelle, jouer un rôle de médiateur. Elles n’imposent pas la paix, mais elles cherchent à renforcer la coopération entre les différents acteurs qui peuvent contribuer au processus de paix.