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Rôle du marabout dans la gestion des conflits sociaux dans le cercle de Bla. (Mali)

By Ambroise DAKOUO (Bamako, Mali, January 2009)

Le cercle de Bla se situe dans la région de Ségou. Dans cette localité, on rencontre différents groupes ethniques dont les bambaras, les peulhs, les miniankas, etc. Les principales activités de la zone sont l’agriculture, l’élevage et le commerce. La religion dominante dans cette localité demeure l’islam quoiqu’on y retrouve le christianisme et l’animisme.

A Bla, le marabout à une place importante dans la gestion des conflits sociaux en ce sens qu’il constitue une personne ressource dotée de sagesse et de clairvoyance. Par définition le marabout est une personne qui est fortement imprégné de l’enseignement islamique. Son activité se résume dans la consultation et la recherche de solutions aux problèmes sociaux dans les vertus de la religion. Dans la localité de Bla, il constitue donc un pilier important dans la gestion des conflits sociaux.

En 1971 un conflit de voisinage opposait deux habitants suite à un malentendu né de l’exploitation de leurs champs qui se côtoyaient. Cette confrontation a entraîné la dégradation de leur relation sociale et s’est muée en opposition ce qui provoqua des bagarres interminables entre eux. Pour faire face à cette crise, les sages des deux familles respectives ont réunis les protagonistes dans le cadre d’une médiation familiale. Pourtant cette médiation n’aboutit pas du fait de l’intransigeance des protagonistes.

Dans la localité de Bla, chaque famille a recours à un marabout qui dans des situations délicates est interpellé pour apporter sa clairvoyance dans le règlement des litiges. Le marabout impliqué dans la résolution du conflit a réunis les protagonistes. Ce dernier s’est imprégné des causes réelles du conflit après quoi il a entrepris sa médiation. Essentiellement la nature de sa fonction lui confère de recourir au sens religieux des protagonistes s’ils sont musulmans. De part son expérience dans le règlement des conflits, le marabout a pu permette le règlement pacifique du conflit. En réalité la principale cause du succès de l’intervention du marabout est dû au fait que les protagonistes sont respectueux des vertus religieuses et que la parole du marabout ne pouvait être contester. Dans la coutume locale, le fautif doit reconnaître son tort, il est passible d’une amende et ensuite les protagonistes se demandent mutuellement pardon se qui constitue la fin du différend les opposants.

Après l’intervention du marabout, il a le devoir de rendre compte au chef de village qui est le garant de la cohésion villageoise. Celui-ci prend acte et ensemble ils s’assurent que celui qui est reconnu fautif paie l’amende qui lui a été imposée.

Dans les cas où les protagonistes refusent l’intervention du marabout alors le problème se pose chez le chef de village. Ce dernier avec ses conseillers après s’être informer des différentes interventions rendent le jugement qui pour la plus part respecte l’esprit des interventions effectuées. Quand le fautif refuse de reconnaître le verdict, le chef de village demande aux habitants de se désolidariser de toutes activités concernant ce dernier. Un délai lui est donné s’il n’accepte pas le jugement rendu par le chef du village alors il est dé socialisé du village et le chef du village entreprend alors une action en justice contre lui. Une collaboration se noue avec les autorités judiciaires qui sont instruits des différents cheminements entrepris par les autorités villageoises. En pareille situation les autorités judiciaires locales respectent toujours les décisions prises par les autorités traditionnelles derrière lesquels s’est rangée toute la population.

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En milieu local, le marabout jouit d’une crédibilité qui lui permet d’effectuer avec efficacité son rôle de médiation, de conciliation et de consolidation des rapports sociaux. On observe donc que les mécanismes judiciaires traditionnels sont assez compétentes. Cependant la difficulté réside en ce sens que la base de résolution des conflits demeure le droit musulman, ce qui n’est pas prévu par les règlements juridiques du pays.

Notes

Cette fiche est issue de l’entretien réalisé avec Monsieur Mama TRAORE, Marabout à Boulkassoumbougou, Bamako.