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Les légitimités en place dans la région des Hauts-Bassins.

By Bruno Doti Sanou (Bobo-Dioulasso, January 2009)

Dans la région des Hauts-Bassins, diverses légitimités se reconnaissent et cohabitent. Nous y retrouvons les légitimités administratives et politiques, les légitimités coutumières et religieuses et les associations de la société civile.

Les légitimités administratives

Dans les différentes communes où ont été menés les entretiens, les légitimités administratives reconnues par les populations sont essentiellement constitués par le ou les représentants de l’administration centrale et notamment, le Haut-commissaire, les différents directeurs et chefs de service provinciaux pour les provinces, le préfet et les différents chefs de services départementaux pour les départements, les secrétaires généraux, etc. Ces services sont reconnus comme légitimités pour le rôle de coordination, de gestion ou de contrôle qu’ils jouent dans leur localité. Ces représentants de l’Etat connaissent bien leur rôle.

Par exemple, le Haut-commissaire est le dépositaire de l’autorité de l’Etat dans la province. Il est chargé de mettre en synergie toutes les actions qui concourent au développement de la province. Le secrétaire général de la province, lui, est chargé de la coordination administrative.

Les différents préfets rencontrés reconnaissent qu’ils représentent l’Etat et qu’ils ont pour mission de:

  • veiller à la coordination des activités des services déconcentrés de l’Etat;

  • veiller au maintien de l’ordre, de la sécurité des personnes et des biens;

  • administrer le territoire départemental sur tous les plans;

  • avoir un droit de regard sur toutes les politiques étatiques dans le département;

  • gérer les différents conflits qui peuvent menacer la stabilité de la préfecture ou de la province;

  • réguler la vie sociale pour préserver la paix;

  • rendre des services publics en prenant des actes comme l’établissement des jugements supplétifs et les sessions du tribunal départemental.

En tant que démembrement du gouvernement qu’il représente dans leur circonscription, les préfets reconnaissent que toutes les questions intéressant la préfecture les interpellent. Ils sont sous la hiérarchie du Haut-commissaire auquel ils rendent compte régulièrement des actes posés afin de permettre à celui-ci de rendre compte à son tour à son supérieur hiérarchique qu’est le gouverneur.

Le préfet est connu et reconnu de tout le monde dans la localité en tant que vieille structure et les citoyens y recourent en cas de problème. Le préfet coordonne les activités en tenant compte des différentes légitimités en présence. Avec l’érection des communes rurales, le maire joue aujourd’hui le rôle qui revenait au préfet. Dans ce cas, les services techniques étatiques n’assument que la fonction de conseil des maires. Si les associations de la société civile sont reconnues par un document officiel et notamment un récépissé de reconnaissance, les autres légitimités que sont les chefs coutumiers et religieux ou encore les confréries sont considérées comme des interlocuteurs par l’administration. Et donc leur mise à contribution dans la gestion des affaires locales dépend de l’initiative de l’autorité administrative. La plupart du temps ils ne sont saisis que lorsqu’il y a une difficulté.

Les légitimités politiques

Selon les personnes interrogées, les légitimités politiques sont le maire et le conseil municipal qui sont élus et les partis politiques.

Les maires ou adjoints au maire rencontrés font preuve de connaissance de leur rôle. Le maire préside le conseil municipal, il est un officier d’Etat civil qui signe les actes administratifs (extrait d’acte de naissance, législation). Il s’occupe aussi du recouvrement, de l’occupation du domaine public, des enterrements à domicile, de la délimitation des cimetières et des questions d’eau et d’hygiène, de célébrer les mariages, de s’occuper des problèmes de lotissement. Le maire apparaît donc comme un coordinateur de l’administration communale. Il s’occupe du pilotage des activités de développement et il représente la commune dans les activités de la vie civile. Il développe donc une administration de management. Pour l’appuyer dans ses fonctions, la tutelle met à la disposition du maire un secrétaire général ayant purement une fonction administrative. Celui-ci est chargé du contrôle des activités du maire et est compétent dans le domaine administratif il joue un rôle important dans la liaison avec les services déconcentrés de l’Etat. Si la légitimité du maire est reconnue par la population, celui-ci, tout comme les légitimités administratives, ne reconnaît que les légitimités reconnues par les textes. Les autres légitimités sont des personnes ressources.

Les partis politiques dont sont issus les élus locaux ont pour rôle d’animer la vie politique dans les communes, d’amener les citoyens à aller voter. Par leurs représentants au niveau du conseil municipal, ils animent et contrôlent la vie de la cité. Il arrive des moments où les dissensions entre partis politiques bloquent le bon fonctionnement du conseil municipal.

Les légitimités coutumières et religieuses

Certains administrateurs et homme politiques les appellent notables. Ce sont les représentants des communautés confessionnelles (musulman, catholique, protestant et ceux de la religion traditionnelle), les chefs coutumiers ainsi que les représentants des communautés allogènes.

Ces légitimités sont considérées comme des personnes ressources qui sont saisies en cas de besoin.

Les représentants des communautés religieuses sont essentiellement, les imams, les présidents des communautés musulmanes, les curés des paroisses, les catéchistes, les présidents des communautés chrétiennes de base (CCB), les pasteurs, les responsables de la religion traditionnelle.

Les représentants de ces différentes légitimités connaissent leur rôle dans la cité. Il s’agit en premier de professer la foi et de propager la religion, de faire connaître Dieu à ceux qui ne le connaissent pas encore, d’organiser les séances de prière.

Le curé de paroisse est l’administrateur de la paroisse et représente son évêque auprès des populations dont il a la charge. Il assure un service essentiellement d’ordre spirituel en jouant en premier le rôle d’accompagnement des âmes des fidèles chrétiens, concrétisé dans la célébration des sacrements. Il définit les orientations majeures pour un bon fonctionnement de la paroisse. Les catéchistes dispensent la catéchèse.

Le pasteur annonce la bonne nouvelle aux gens, il les instruit sur les choses divines en leur montrant le chemin de Dieu et conseille ceux qui sont éprouvés par une quelconque situation et qui se réfèrent à lui.

L’imam préside les prières et fait des bénédictions, célèbre les baptêmes, les mariages et prie pour les défunts.

Le responsable de la religion traditionnelle préside tous les rites religieux communautaires traditionnels qui se déroulent périodiquement. Mais en cas d’une menace sur la cité, il peut, selon les recommandations des Ancêtres procédés à des sacrifices.

En plus de ces responsabilités, les représentants des religions affirment qu’ils rendent visite aux malades, contribuent à la réconciliation des familles ou même des communautés, transmettent les messages de l’administration à leurs fidèles, interviennent sur la demande de l’administration dans la résolution de certaines crises.

Les légitimités coutumières sont les chefs de terres, les chefs de villages, les chefs d’initiation, les chefs de canton dans certaines collectivités. En plus de la mise en pratique des coutumes et de leur perpétuation, ils interviennent dans la gestion de nombreuses affaires concernant le village et la collectivité territoriale décentralisée. Parmi ces affaires sont cités régulièrement la gestion de la terre et notamment les conflits fonciers, les conflits liés à la gestion de l’environnement, les questions de mariages, de succession, etc.

Les légitimités coutumières et religieuses estiment qu’ils n’ont pas besoin de reconnaissance de l’administration pour fonctionner et cela se comprend. Elles précèdent l’Etat et l’administration qui en découle. Aussi, reconnaissent-elles toutes les autres légitimités même si celles-ci ne les reconnaissent pas. Au niveau confessionnel, dans certaines communes, des légitimités coutumières refusent de reconnaître leurs consoeurs. Par exemple à Koloko, l’imam soutient qu’il ne reconnaît uniquement que les services ou structures étatiques. Tout le reste c’est la population (jaman). Il affirme que sa communauté et lui ne reconnaissent pas ceux qui ne vont pas à la mosquée.

Les Associations de la société civile

La région en compte des centaines et nous n’avons retenu que quelques unes à titre d’illustration. Ce sont notamment: les syndicats, les groupements de producteurs, les comités villageois, les associations féminines, etc.

Certaines associations se sont constituées à partir des aspirations profondes des membres fondateurs (syndicats, associations de jeunes, de femmes, associations de ressortissants, union de producteurs de fruits, association culturelle et notamment celles des chasseurs, des devins, des classes d’âge, etc.), d’autres sont créées par l’Etat (Comités villageois de gestion des terroirs, comités de gestions forestières, etc.), d’autres enfin sont créées par des ONG ou entreprises (Groupement de producteurs de coton, groupement des éleveurs, etc.). Contrairement aux légitimités coutumières et religieuses, ces associations sont reconnues par les autorités administratives.

Ces différentes associations se reconnaissent comme des structures d’encadrement, de formation et d’information. Ils servent également de lien entre les membres de l’association et l’autorité. Elles reconnaissent les autres légitimités et même les légitimités coutumières et religieuse avec lesquelles elles collaborent et dont leurs militants sont d’ailleurs des fils. Ces associations jouent un rôle éminemment important dans le développement de leur commune tout comme dans le développement de la région.

Le dynamisme de la région des Hauts-Bassins, comme on peut le constater, repose sur la vitalité des légitimités et des rapports qu’elles entretiennent entre elles. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les légitimités non reconnues officiellement par les légitimités administratives et politiques n’en sont pas moins associées dans la gestion des affaires locales que celles reconnues. En outre, le fait que chaque légitimité reconnaisse son rôle dans la vie de la cité fait que les dissensions sont moins prononcées et mieux gérées. A cela s’ajoutent enfin les mécanismes créés depuis longtemps et fonctionnant par certaines légitimités qui permettent de réguler les tensions sociales. On peut donc conclure que l’émergence des différentes légitimités, leur fonctionnement, la visibilité et la crédibilité dont elles bénéficient, constituent un socle pour le devenir humain de la région.

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Cette fiche est exttraite de l’étude conduite sur la cohabitation des légitimités dans la régions des hauts-Bassins. Elle met en exergue les différents détenteurs de légitimités dans ladite régions.