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La gestion de la santé, compétence transférée à l’épreuve des faits

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Amalgame outrancier dans les rôles et responsabilités des acteurs des organes de gestion !

By NIANG, Kéba (Kayemor, April 2009)

Les collectivités locales, selon les dispositions du décret 96 – 1135 du 27 décembre 1996, assurent la gestion des structures sanitaires publiques – en l’occurrence, les postes de santé, les cases et maternités de santé rurales- dans le cadre de la politique de décentralisation administrative par laquelle neuf (9) compétences dont la santé leur ont été transférées.

Ainsi, ces structures sanitaires disposent chacune d’un comité de santé. Ces comités, dotés de la personnalité juridique sont administrés par un bureau dont les membres sont élus par une assemblée générale, représentée par les populations. Dans le cadre de cette politique de décentralisation, le Président du Conseil Rural (PCR) préside un comité de gestion, composé de 5 membres que sont, outre le PCR, un autre élu local, le Président, le Trésorier du comité de santé et le responsable de la structure sanitaire. Lequel comité délibère sur le projet de budget, les comptes, le fonctionnement, les réparations et les activités sociales de ces structures sanitaires rurales.

Mais si les objectifs assignés semblent être clairs, il n’en serait pas de même quant aux rôles et responsabilités des divers acteurs censés gérer au mieux la compétence transférée. Loin s’en faut si l’on s’en réfère aux divers propos que véhicule l’anecdote

suivante : à la faveur d’une rencontre fortuite à la place du marché, quelques critiques et allusions fusent de toutes parts. Peut- être en raison de la présence du président du comité de santé que je suis, dans un contexte de dysfonctionnement dans le secteur ?

Evoquant la rupture récurrente des médicaments et des petits matériels dans les salles d’accouchements, la dame XX s’exclame : «C’est la faute du comité de gestion qui utilise l’argent (le budget) à d’autres fins, le principal responsable n’est autre que l’infirmier chef de poste !»

Un autre, parent du président de comité de santé de déclarer : « Vous n’allez pas au fond des choses : c’est le conseil rural qui détourne plutôt l’argent envoyé par le Président de la République ou le gouvernement. Donc, ni le comité de santé, ni le comité de gestion ne peuvent être mis en cause ».

Une autre femme, d’un air innocent, de demander de cesser la discussion en terminant par ces mots : « Dieu a fait en sorte que ces gens (les membres du comité de santé) soient nos représentants ; il faut patienter jusqu’aux prochaines consultations locales. Peut-être, cette fois sera alors la bonne». Aucune objection de ma part, l’attitude d’écoute m’était de rigueur.

Sans animosité, ni rancÅ“ur, la conversation se termine ainsi me laissant pantois.

Toutefois, je ne puis m’empêcher de rétablir les faits et de donner quelques explications aux intervenants : « - Le comité de gestion, vu son statut, n’a aucun budget. Il ne peut détourner ce qu’il ne détient pas. Il ne contrôle même pas la gestion financière du comité de santé. Par ailleurs, même la gestion sanitaire des agents communautaires ne relève de l’Infirmier Chef de Poste (ICP) ! Au contraire, l’ICP ne cesse de dénoncer le fait que les médicaments reçus ne soient pas adaptés aux besoins des populations :

  • La gestion de la santé rurale transférée à la Communauté rurale est censée être exercée par les instruments de gestion, notamment le Comité de gestion. Par conséquent, ce n’est pas le conseil rural en tant que tel. Mon parent fait allusion certainement au fonds de dotation de la santé. Le Fonds de dotation, très modique, qui arrive souvent tardivement au niveau de la collectivité locale n’est pas directement viré mais provient de la portion émanant du budget de la santé géré par le maire de la commune de Nioro abritant le centre de santé de référence. Ce budget est d’ailleurs réservé à l’ensemble de toutes les structures sanitaires de la zone de Nioro. ;

  • Le comité de santé n’est pas forcément inamovible jusqu’aux prochaines consultations. Bien au contraire, ses membres pourraient être renouvelés en cas de besoin, par exemple tous les deux (2) ans ».

Dans l’espoir que ces explications soient répercutées partout où besoin sera.

Comments

Les enseignements à tirer de ce qui précède, de l’expérience cumulée du praticien et enfin des échanges avec les autres acteurs évoluant dans le secteur sont nombreux. Pour rappel, les cadres précités constituent les organes, à travers lesquels les collectivités décentralisées assurent la gestion des centres et postes de santé.

Mais, force est de reconnaître que plusieurs maux minent les comités de gestion :

• l’absence de concertation et de coordination ;

• la non - assimilation par les acteurs des rôles et responsabilités qui leur incombent;

• les conflits entre acteurs ;

• la non -maîtrise des textes par les élus.

Pour ce qui est des comités de santé, en général, il est à déplorer :

• le déficit démocratique qui les caractérise : corps électoral trop restreint – les chefs de village, les pouvoirs traditionnels légitimes, etc. de fait ignorés-, non-respect des périodicités de renouvellement, réduction de fait du comité à son Président et à son Trésorier ;

• l’absence de règles de gestion modernes et de normes de budgétisation claires aboutissant nécessairement à une utilisation irrationnelle des fonds issus de la participation financière des populations ;

• faiblesse des actions de santé publique initiées par ces comités ;

• l’absence de suivi évaluation.

En résumé, il y a une confusion des rôles et responsabilités entre comité de gestion et comité de santé, même si les deux organes ont des rôles et responsabilités complémentaires. L’amélioration de la gestion transférée passe par la création d’un cadre de concertation permanente entre acteurs- par exemple, le « Penc » (cadre de concertation communautaire) librement institué par les populations – et la formation continuée des membres du Comité de santé. En outre, même s’il doit être présidé par le président du conseil rural, le comité de gestion ne saurait se réduire à une caisse d’enregistrement des volontés des élus locaux souvent plus partisans que citoyens.

En somme, mettre en synergie les efforts de tous les acteurs de la santé en s’appuyant sur la dynamique organisationnelle exprimée à travers la méthodologie du « Penc ». Ce qui permettra d’impliquer réellement les populations en vue de faire respecter d’elles-mêmes et pour elles-mêmes les principes de l’initiative de Bamako.

Notes

PCR : Président du conseil rural, ici celui de Kayemor

L’initiative de Bamako : ensemble de réformes de politiques élaborées à l’échelle de l’Afrique ayant pour objectif de revitaliser le système des soins de santé primaires (accessibilité de médicaments génériques, financement de santé communautaire, etc.) et en vigueur au Sénégal dès les années 1990.