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Couverture maladie : les ruraux, des laissés-pour- compte

Une jeune malade de Kayemor dans le désarroi

By SOW, Khady (Kayemor, July 2009)

Dans ce qui suit, je livre une situation pathétique que vivent encore et ma fille, la malade et toute sa famille ainsi que tout l’entourage compatissant.

J’avais longuement constaté que A C, de la petite enfance à 7 ans, manifestait des signes d’amaigrissement et avait tendance à tousser. D’emblée, j’eus recours à la médecine traditionnelle (décoctions, racines) mais la maladie s’aggravait de jour en jour. A la moindre colère ou fatigue, elle tombait en syncope.

Ensuite, je décidai de la conduire au poste de santé de Kayemor, car les résultats de la médecine traditionnelle avaient montré leurs limites. Mais là aussi, les médicaments n’avaient pas servi à grand-chose. Au contraire, la maladie allait de mal en pis.

Je l’emmenai alors à l’hôpital de Farafegny en Gambie. Les médicaments et traitements n’eurent pas les effets escomptés. Un découragement s’ensuivit. Sur le conseil d’un parent, je me résolus à la conduire au centre de référence de Nioro. Là, le médecin ordonna une analyse de sang et un examen radiologique. Les résultats interprétés avaient révélé comme diagnostic une insuffisance cardiaque.

C’est ainsi qu’il ordonna une évacuation au service de cardiologie de l’hôpital Le Dantec. Après toutes les investigations, les ordonnances prescrites s’élevèrent à 250 000 F au moment où je bouclai de justesse le prix du transport (Kayemor – Dakar). Même le billet de taxi du garage au centre ville (Médina), je ne l’avais par devers moi ! J’ai dû bénéficier d’un service rendu pour arriver à destination. Heureusement, mon grand frère émigré aux Etats-Unis m’envoya par western union la somme exigée.

Le médecin lui prescrit une consultation à faire chaque mois. Comme je n’avais pas les moyens d’un aller - retour (Kayemor - Dakar - Kayemor), je décidai de rester sur place. A chaque rendez-vous, il fallait payer au moins 50 000 F par mois et ce, pendant 1 an. Soit 600 000 F pour les analyses, sans compter les prix des ordonnances évalués au moins à 20 000 F par mois, donc 400 000 F l’année.

En somme, un total s’élevant à 1 000 000 F l’an comme frais de traitements. Au bout d’un an, après consultation le médecin traitant décida des rendez-vous à des intervalles de 3 mois. A chaque rendez-vous, les analyses et traitements s’élevaient au moins à 50 000 F et à 20 000 F d’ordonnance.

Au bout d’un an de consultations répétées, le médecin ordonna des rendez-vous espacés de 6 mois au cours desquels il fallait casquer fort pour les analyses et le traitement.

Le médecin ordonna enfin des rendez-vous par an. Après 5 ans de séjour d’affilée à Dakar, il fut constaté une certaine amélioration de son état de santé. D’où un retour à Kayemor mais, au bout d’un mois, elle rechuta et fut obligée de retourner à Dakar. Pour cette fois, elle fut admise à l’hôpital de Fann où le diagnostic s’avéra très critique, sa forme de cardiopathie ne pouvant être traitée qu’en France. Une demande d’évacuation en France fut introduite auprès de la 1ère dame du Sénégal. Mais point de réponse ! En attendant, c’est la prise sans cesse de médicaments et il faut subir constamment des analyses mensuelles. Aussi, AC a- t-elle définitivement élu domicile à Dakar ; elle a été confiée à la femme de son oncle. Il ne restait plus à la famille qu’une seule chance, à savoir contacter une ONG qui s’impliquerait à cet effet. Laquelle ONG, malheureusement, ne s’occupe que des enfants de 1 à 6 ans. Et AC en a 15 ! Dès lors, c’est la résignation mêlée d’une angoisse cumulée de près d’une décennie. Et dans l’attente d’une issue fatale, il ne reste qu’à égrener les jours par les prières.

Comments

AC est issue d’une famille rurale, ses parents de conditions modestes n’ont pas les moyens de prendre en charge les frais et de ses traitements et des analyses pointues conséquentes.

Le ministère de la santé aurait pu prévoir, au moins dans chaque département, un budget réservé à de pareils cas. Puissent les contraintes d’âge liées à l’appui de l’ONG être levées, car la valeur d’une vie humaine ne dépend pas de l’âge !