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Le règlement du litige chez les Tém

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By Tikpi Atchadam (lomé, November 16, 2009)

Les Tém sont un peuple de la région centrale du Togo qu’on retrouve au Bénin et au Ghana, pays voisins. C’est une société à Etat avec un gouvernement, une armée et une justice. La justice rendue par la cour du roi se charge de régler les conflits nés.

Les conflits sont réglés pour la plupart du temps chez le chef en trois étapes qui sont : le règlement du litige, la réconciliation et les cérémonies, le cas échéant.

 Première étape : le règlement du litige

Cette phase est consacrée à l’audition des parties auxquelles ont donne l’occasion de présenter leurs prétentions et de développer leurs arguments. Elle vise à déterminer qui a tort et qui a raison. Cette phase se termine avec des sanctions. Ce peut être par exemple une amende ou des coups de fouets, les deux à la fois.

 Deuxième étape : la réconciliation des parties

A cette phase, la cour ou la personne chargée de régler le conflit amène les parties à se pardonner mutuellement pour que la vie continue sans rancœur. C’est une caractéristique fondamentale de la justice tém, comme c’est le cas dans le monde négro-africain, est la préoccupation de l’après procès.

La cour royale ne se contente pas d’une sèche sentence et de renvoyer dos à dos les parties. L’enjeu, c’est de régler le litige en ne laissant pas de fractures ou de lésions sociales. C’est une sorte de chirurgie du corps social pour extirper le mal. Il faut remettre le corps social à neuf, effacer le différend comme s’il n’avait jamais eu lieu. C’est la recherche du retour au statut quo ante. Toute la problématique de la réconciliation se trouve là. Les parties au litige, et c’est extrêmement important, doivent renouer avec la parole après le procès. Lorsqu’une personne A et une personne B sortent d’un procès et que B ne répond pas à la salutation de A, celui-ci a le droit de saisir la cour pour un nouveau procès en bonne et due forme, procès distinct du précédent.

Comment la réconciliation se fait après le jugement proprement dit ?

Les paraboles sont utilisées pour apaiser le gagnant du procès et lui demander de ne pas trop exiger du perdant ou de la cour. On lui dira : c’est fini. Pour lui c’est fini parce que c’est juste ; c’est droit. Les relations de parenté, les alliances sont mises à profit pour ressouder les liens perturbés par le litige. On fait voir l’importance de la cohésion, on rappelle surtout que la vie continue. Il y a des paraboles et des mots pour relever le perdant qui a le profil bas à l’issue du procès. L’important, c’est de faire éclater la vérité sans humilier le coupable ou le perdant.

 Troisième étape : les cérémonies

La phase des cérémonies est nécessaire dans le cas où le monde invisible a été perturbé par la transgression ou l’acte posé par le prévenu, ou encore une des parties au litige. C’est l’hypothèse d’un homicide ou des gens qui ont provoqué l’assèchement d’une source d’eau par des comportements interdits.

Dans la première hypothèse, un homme a été tué (on lui a enlevé la vie) et par le même acte, du sang a été versé sur la terre. Après la condamnation du coupable, il faudra purifier la terre, l’apaiser. La condamnation comporte une amende qui permet de couvrir les frais du sacrifice ou de la cérémonie (un coq, un mouton, un bœuf, un pagne…).

Dans la seconde hypothèse (source asséchée), la population n’a plus d’eau potable à boire et la soif s’installe. Les esprits de la source, offensés par des habitants qui viennent puiser de l’eau avec des ustensiles calcinés, noircis par la cuisson, ont besoin d’être apaisés.

Dans ce cas, les coupables sont condamnés et les cérémonies ont lieu au marigot, à la source en question.

Les étapes que nous venons d’examiner, c’est-à-dire le jugement, la réconciliation et les cérémonies, constituent des étapes d’une même procédure. Ces phases se suivent et se complètent pour aboutir à l’ordre, à l’équilibre, à l’harmonie, à la paix pour le monde visible et le monde invisible qui en fait constituent le monde réel tém. D’ici ou d’après la mort, c’est la même vie. Visible ou invisible, c’est la même réalité car tout est chargé d’énergie et le propre de l’énergie est de circuler.

A la fin du procès, la réconciliation, après ces mots et paraboles, est scellée, parfois, par le partage d’une noix de cola entre les parties. La cola est partout présente dans la culture. Aussitôt après, les parties recommencent à se parler. Mais si ce n’est pas le cas, il faudra revenir.

Il ne faut pas perdre de vue une autre étape qui vient conforter la phase de la réconciliation et qui consiste en des remerciements et en des excuses. A cet égard, après la réconciliation, les parties reviennent avec de la cola remercier la cour et en même temps présenter des excuses.

Les excuses et les remerciements sont faits pour honorer la cour et pour garantir aussi que ce qui s’est passé ne se reproduira plus, en tout cas pas par la faute de celui qui a perdu le procès.

Comments

Le règlement du litige dans le milieu traditionnel va au-delà du procès tel qu’on le connaît en droit dit moderne. Le chef ne renvoie pas les parties dos à dos après avoir tranché comme le ferait un juge. Il doit veiller à ce que les parties renouent avec le dialogue.

Tikpi Atchadam

Juriste et Anthropologue - Spécialiste et formateur des formateurs en droits de la Femme et de l’Enfant. Expert en évaluation des projets, Secrétaire Général du Club Afrique Debout, militant pour la renaissance de l’Afrique, l’intégration de l’Afrique sur la base de l’histoire et de la culture. Médiateur pour la Togo de l’Alliance pour refonder la Gouvernance en Afrique.