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La résolution des conflits dans les sociétés traditionnelles du Togo : importance des palabres et des proverbes.

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By DJONOUKOU KOSSI Tata (lomé, November 16, 2009)

Les médiateurs et les anciens, à l’occasion d’un procès et dans leurs interventions tiennent ou aime d’interminables palabres, en usant des proverbes.

Quelle fonction sociale jouent les palabres et les proverbes ?

Les palabres sont une forme et un canal de communication sociale, et surtout de recherche de conciliation et d’accord entre les antagonistes. Ils font parfois discours sans arrêt pour arriver à faire entendre la raison ou pour concilier l’inconciliable. Les palabres sont des moments, des lieux, des règles, des canaux sociaux, des règles de bienséances et des codes de la parole (la parole tenue et la parole retenue). Comme le suggère un proverbe Ewe le ‘’chien ne met pas bas en public’’ pour signifier que selon les circonstances la parole est retenue.

Dans ces moments, on puise dans le capital littéraire quotidien et ésotérique en faisant appel à des devinettes, à des mythes, à des contes, à des antécédents pour rappeler les usages ancestraux, les us et coutumes, les cas de figures (réels ou imaginaires) les comparaisons. Tout cela pour cultiver la paix.

Et les proverbes viennent comme d’excellents raccourcis dans ces moments pour jeter la lumière, pour aller le plus rapidement possible à la vérité, à la vérité vraie pour forcer l’adhésion, bref, l’accord.

Les proverbes sont le résultat d’une expérience prouvée, d’une intelligence exercée et souveraine, d’une vérité indépassable, bref de la sagesse. C’est l’expression éloquente de l’ésotérisme du connaître et du savoir.

Exemple de proverbe Gangan (Préfecture de l’Oti) : « Une seule main ne peut cerner le tronc du baobab ».

Ce proverbe est déclaré pour signifier que lors d’un procès, une seule tête, une seule personne ne peut juger et prononcer le verdict. Ainsi, quand une affaire est portée en jugement, cela nécessite la mise en commun des intelligences et des incertitudes des uns et des autres pour en juger et trancher. Ce conseil s’adresse aussi au chef traditionnel qui ne peut et ne doit pas se croire assez suffisant et intelligent pour prononcer seul en verdict.

Les proverbes et les palabres ont une fonction multidimensionnelle.

 Fonction sociale

Les palabres et surtout les proverbes ont une fonction sociale. En effet ils ont une vertu pédagogique, un rôle moralisateur, une fonction cathartique, idéologique. Il y a surtout une économie du savoir.

En effet, on retrouve un peu ici, certaines descriptions durkheimiennes de l’effervescence collective de la vie en société. Les anthropologues sociaux parlent de ces moments durant lesquels les enjeux sociaux apparaissent bien comme lieu de socialisation nécessaire à l’autoreproduction et la reconduction du procès de la société.

Il y a une utilité, en ce sens que cela constitue un véritable système de référence. Il y a surtout une phénoménologie langagière, en ce sens qu’au fond de chaque mot on assiste à l’autopsie de la société. On met l’accent sur une certaine éthique et la nécessité de la solidarité sociale tandis que, les déviations et les vices sont dénoncés.

 Intérêt pédagogique

Il y a dans les proverbes et les palabres un exercice d’intelligence destiné à stimuler, à aiguiser la sagacité de l’esprit et à saisir le symbolisme d’une figure. Ici, par une cure didactique on apprend à prévenir le rapport entre les mots et à saisir derrière les mots, des significations profondes. C’est une économie de savoir qui ménage le maître et oblige l’élève à chercher et surtout à trouver seul.

 Fonction moralisatrice

On sait que généralement en Afrique et dans les sociétés à moralité, les mots agissent sur les hommes et la société comme de puissants freins. Ici les proverbes et les palabres contiennent une grammaire éthique pour guider les hommes en vue d’une correction morale. On apprend à conjuguer la vie de la société en suivant les règles de la grammaire éthique en vigueur dans la communauté avec des ‘’majuscules ancestrales’’. Moral et moralisation sont là avec une base mythique ou religieuse pour porter l’individu vers une ‘’conscience réflexive’’ avec un feed back qui pourrait traduire éloquemment l’impact culturel et la fonction sociale de ces instruments de régulation sociale.

 Implication cathartique

Proverbes et palabres sont des véritables saturnales qui offrent l’occasion de dire la vérité. Il y a purification et libération de l’âme en permettant le défoulement surtout par les applications des relations à plaisanterie. Du coup les consciences des uns et des autres s’ouvrent réciproquement pour le bien de tous et pour vider les rancœurs.

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Les médiateurs et les anciens, à travers les palabres et les proverbes par une cure didactique, éduquent sur les langages de valeurs du groupe, le code de l’honneur, la voix du sang, le degré de respect de soi et de l’autre, le code de courtoisie pour accompagner et aider les membres de la communauté à orienter leur conduite.

Par exemple, la citation des proverbes au cours d’un jugement, d’une plainte, d’une convocation ou pour prononcer une sentence peut amener le membre d’une communauté, l’accusé ou la victime à se remettre en cause ou à revoir ses idées arrêtées etc.

Tout cela dans le but de présenter et de transmettre un héritage ancestral à travers les âges aux membres de la communauté dans un rapport bien entretenu entre les normes et les idéaux du groupe et de l’individu, pour le triomphe de l’harmonie sociale, de la paix.

Kossi Tata Djonoukou

Djonoukou Kodssi Tata est Professeur d’Anthropologie à l’Université de Lomé, Chef de Département d’Anthropologie.