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Litige foncier à Danyi (pays Ewe)

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By DJONOUKOU KOSSI Tata (lomé, November 16, 2009)

En l’absence d’un chef de famille, parti se faire soigner loin de son village, une famille rivale créa un litige dont le règlement avait porté préjudice à la famille de l’absent, dans la mesure où le terrain «litigieux » avait été indûment partagé entre les deux familles.

A son tour le chef de la famille spoliée, connaissant parfaitement les limites ancestrales du terrain, partit de grand matin accompagné de ses cousins pour arracher les pierres ayant servi au partage et à les jeter ensuite auprès de rivière bordant la parcelle et qui avait toujours été vénérée comme divinité protectrice des lieux ; toutes les pierres ayant été déposées, il déclare d’une voie forte : «Oh Assebu (nom de la rivière), Ö Assebu, je ne t’appelle pas par irrespect comme le ferait un enfant non initié ! A toi mes ancêtres ont toujours offert des sacrifices ; tu sais que cette terre est le propriété de mes ancêtres : devant toi je jette ces pierres, témoins du partage frauduleux effectué à notre détriment. Que tout membre de la famille adverse qui osera pénétrer dans cette forêt soit mordu par un serpent venimeux, ou assommé par une énorme branche se détachant à son passage ».

Après cela, il alla trouver le chef de la famille rivale et lui dit en face, devant témoins : « Nous ne vous avons jamais manqué de respect. Mais après la mort de nos parents, vous avez commencé à cultiver le mensonge, la division et la haine entre nos familles. Eh bien voici ce que je viens de faire auprès de la rivière sacrée : j’y ai déposé les pierres du bornage frauduleux que vous avez cautionné. Que tout membre de la famille qui osera pénétrer dans cette forêt soit aussitôt mordu par un serpent venimeux, ou assommé à mort par une énorme branche se détachant à son passage. J’espère que vous avez compris la portée de ce message et que vous tiendrez les vôtres informés ».

Atterré par ce message plein de menaces, le vieil homme ne tarda pas à porter l’affaire à la cour du chef de canton avec un acte d’accusation libellé en ces termes : «Le chef de la famille KODZO demande à celui de la famille KOFFI de venir lui donner les raisons pour lesquelles il veut attenter à sa vie. »

Au jour dit, les deux parties se présentèrent ; le plaignant fit le récit des menaces proférées à l’endroit des membres de sa famille. L’accusé ne nia pas et fit connaître les raisons notamment le partage d’un terrain appartenant entièrement à sa famille.

Après la délibération (consultation de « Amegankpui » « le vieux nain ») l’accusé fut déclaré coupable car les mots proféré sont de nature à semer la mort et la désolation. Il fut onc condamné à payer une amende et à donner les boissons nécessaires aux libations devant apaiser la rivière « Assebu » et les mânes des ancêtres.

La cour estima cependant que le procès ne saurait finir à cette étape mais qu’il était nécessaire d’aller sur les lieux régler le litige foncier générateur de tout le conflit. Après audition des deux parties et des témoins, la cour conclut sans détour que le terrain litigieux n’était pas à partager mais qu’il appartenait à la famille de l’accusé.

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Contrairement à une idée reçue, la justice traditionnelle ne fait pas que réconcilier les parties. Il s’agit avant tout de déterminer qui a tort et qui a raison.

Kossi Tata Djonoukou

Djonoukou Kodssi Tata est Professeur d’Anthropologie à l’Université de Lomé, Chef de Département d’Anthropologie.