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Des habitants sans habitat

Un bulldozer efface un quartier à Yaoundé pour faire place à un échangeur, aucune indeminisation pour les populations.

By BAKARI, Louis

Au lendemain d'une pluie torrentielle qui s'est abattue sur la ville de Yaoundé, Capitale Camerounaise, les dégât matériels furent importants. Nous sommes en septembre 1999. L'inondation a visité les quartiers populaires, pour la plupart situés aux abords des marécages. Une équipe de jeunes reporters de la chaîne commerciale FM94, une des structures que compte la Cameroun Radio Télévision (CRTV), descendit prendre le pouls de la situation dans un quartier situé juste derrière la " maison de la Radio " à la périphérie de l'Ecole Nationale de Police.

Un vieillard d'une soixantaine d'années- il avait l'air d'en avoir 80 -répondait à une question :

-" quand il pleut beaucoup et même moyennement c'est l'inondation qui s'en suit. Et là, nous sommes obligés de porter nos valises et autres articles sur la tête jusqu'à ce que diminue le niveau d'eau ". Il reste donc à savoir pendant combien de temps ce vieillard se prête à ce genre d'exercice. Il révélera que son installation dans ce quartier date de plus de 10 ans. Et surtout ne lui demandez pas d'envisager son éventuel déménagement. Ne le lui suggérez même pas ! Puisqu'il s y oppose fermement.

Un an plus tard, en octobre 2000, un bulldozer est venu faire son " petit métier " en effaçant purement et simplement la cinquantaine de maisons qui faisait le quartier. Ce fut semble-t-il ,le sacrifice nécessaire et incontournable qu'il fallait consentir pour voir naître le fameux échangeur du " sommet France-Afrique " tenu à Yaoundé en janvier 2001. Pas de plan de recasemment de ces nouveaux sans abris. Pas de dédommagement puisqu'ils étaient dans une situation illégale, irrégulière. Du moins, c'est la tempête récoltée. Le choc fut si fort pour les habitants de ce quartier qui ne pouvaient s'en remettre qu'à Dieu ; lui qui donne un abri et un refuge aux oiseaux du ciel. Aujourd'hui l'échangeur de dresse en témoin de ce qui est arrivé aux habitants chassés, sans indemnités, de leur lieu d'habitation au nom de la loi et du sommet France Afrique.