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La gestion décentralisée de la forêt de Tienfala

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By TRAORE, Mamadou (Bamako, April 2002)

La forêt de Tienfala est classée depuis le 1er Avril 1939 à l’époque où la Mali était sous le joug de la colonisation française. Il s’appelait Soudan Français. Elle couvre une superficie de trois mille hectares. Elle est à califourchon sur les villes de Bamako et de Koulikoro. Trente kilomètres la séparent de l’une et de l’autre. Deux voies de transport la traversent : une Route Nationale et la ligne des chemins de fer Dakar-Niger dont Koulikoro est le terminus. C’est là que commence le bief navigable du majestueux Djoliba sur plus de mille kilomètres.

Pendant la longue période de la colonisation et durant les deux premières républiques, cette forêt n’a bénéficié d’aucune mesure pouvant assurer sa gestion rationnelle. Elle a été abandonnée à elle-même, laissée qu’elle était à la merci de toute sorte d’exploitants : bûcherons, féticheurs, chasseurs, éleveurs etc. Sa proximité de deux centres urbains devait entraîner sa surexploitation et précipiter sa dégradation.

Depuis l’avènement de la Troisième République, les choses ont quelque peu évolué : le contexte de démocratisation dans lequel le pays s’est engagé demande entre autre l’implication des populations désignées sous le nom d’acteurs de la Société Civile dans la gestion des affaires publiques. C’est alors que les groupes socio-professionnels intervenant dans la forêt classée furent invités à prendre part à la gestion de la forêt Classée qui est aujourd’hui à pied d’oeuvre non seulement pour la relecture du Plan d’aménagement mais encore et surtout pour la recherche de fonds de réhabilitation de la forêt qui tiendrait compte des intérêts spécifiques des groupes socio-professionnels opérant dans la forêt. Par rapport au premier Plan d’Aménagement, des plaintes avaient été enregistrées notamment des éleveurs qui n’étaient pas satisfaits des parcelles sur lesquelles ils avaient été installés du fait de la proximité de la colline et du manque de passage facilitant l’accès au fleuve

. Les femmes, quant à elles, se sont senties tout simplement ignorées dans l’attribution des aires de maraîchage. Ces faits plus l’arrivée de nouveaux utilisateurs des ressources de la forêt, notamment les apiculteurs et les tradi-thérapeutes rendent incontournable l’élaboration d’un nouveau plan d’aménagement dont les objectifs sont :

  • le rajeunissement de la forêt par des coupes bien conduites et son enrichissement ;

  • l’augmentation de la productivité des pâturages ;

  • l’exploitation d’une quantité suffisante de bois de chauffe en vue de satisfaire les besoins domestiques ;

  • la contribution à l’approvisionnement du District de Bamako en bois de chauffe ;

  • la satisfaction, dans l’espace réservé à l’agro-foresterie des besoins en terres cultivables ainsi que la reconstitution de la forêt par la plantation d’essences économiques intéressantes (caîlcédra, néré, karité, baobab, etc_) et la lutte contre les feux de brousse.

Afin d’atteindre un objectif, la forêt a été classée en quatre séries :

  • la série de protection (A) (réserve) ;

  • la série de protection de bois (B) (exploitation du bois)

  • la série pastoralisme (C) (pâturage des animaux)

  • la série agro-foresterie (D) (exploitation agricole et plantation d’arbres)

Pour mener à bien ces activités, un comité dénommé Structure de gestion de la Forêt Classée a été mis en place. Il a enregistré pendant trois (3) ans des résultats satisfaisants. Ce cycle devait être interrompu à cause de la malencontreuse intervention de la Cellule Combustible Ligneux (CCL) qui a composé la création d’un marché de bois d’où des pratiques frauduleuses d’exploitation irrationnelle du bois. Du bois arrivait pêle-mêle de toutes les séries malgré la vigilance du Service de la Conservation de la nature et de la Structure de gestion de la forêt classée qui a décidé de stocker désormais le bois coupé dans la série 3 sur l’aire qui est réservée. Depuis deux (2) ans, nous assistons à la dégradation de la forêt classée, beaucoup d’essences ont disparu entraînant d’inquiétude chez les populations des neuf (9) villages riverains de la forêt.

Un nouvel espoir se fait jour avec l’intervention de la Plate-forme des Organisations Paysannes du Sahel qui, sous l’égide du Centre Universitaire Mandé Bukari et avec l’appui de l’OMAES, a mis en place une alliance des Organisations de la Société Civile (OSC) au bout d’un processus de formation en plaidoyer en vue d’une meilleure implication des populations vivant autour de la forêt.

Notes

L’auteur est membre de l’Alliance des OP des Communes de Tienfala et de Droit/Gabacoro

Tel : (00223) 26-20-22