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La Charte des Responsabilités Humaines passe de l’écrit à l’expression orale

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By Sidiki Daff (Guédiawye, April 2005)

Pour vulgariser la charte au Sénégal, nous avons opté pour une démarche inclusive en utilisant des formats diversifiés (texte et cassette audio). Elle a été traduite en langue nationale wolof (la première langue nationale du Sénégal) avec des caractères latins. Au Sénégal, on peut aussi transcrire cette langue avec des caractères arabes. La traduction en wolof est insuffisante pour faire partager la charte car 70% des sénégalais sont analphabètes en français et en wolof. Ce taux d’analphabétisme est très élevé en milieu rural.

C’est pourquoi nous avons enregistrée le texte wolof en cassette audio. Cette forme prend en compte la forte prégnance de l’oralité dans les cultures africaines c’est à dire comme forme d’expression la plus usitée au sénégal.

Au préalable il a fallu moduler le texte pour qu’il soit adapté à une expression musicale sans modifier le sens. Ainsi un des traducteurs qui est à la fois poète et chanteur a arrangé le texte pour le rendre plus expressif sous forme musicale. Il s’agissait de donner du souffle et du rythme au texte pour faire danser les mots et leur donner une certaine couleur.

Même si le wolof est la langue parlée par tous les sénégalais, tous ne sont pas de culture wolof. Dès lors il était important que la forme musicale choisie soit elle aussi inclusive afin que des personnes de cultures différentes puissent l’écouter. Cette volonté d’inclusion s’est traduite dans le choix des instruments et la forme musicale. La kora manding (sud et est du Sénégal) côtoie la rythmique sérère (centre et ouest du Sénégal) rendue par la guitare basse, la flûte peul (nord du Sénégal) et le clavier occidental, ce dernier donnant des sonorités internationale appelées communément world musique.. Nous sommes inscrits dans une démarche d’ouverture et d’enracinement car la Charte des responsabilités humaines a vocation universelle. C’est sur cette trame musicale que le poète-chanteur a plaqué sa voix dont les modulations donnent au texte de la charte des responsabilités humaines un caractère vivant et captivant.

Le choix de l’ambiance musicale a aussi été réfléchi car il nous fallait un accompagnement musical non dansant pour faciliter l’écoute. La forme choisie a été le «Khawaré» , genre musical utilisé lors des veillées nocturnes où un griot en acapella (musique vocale non accompagnée par des instruments) ou avec sa guitare africaine (khalam) distille d’une voix suave des légendes, des proverbes et l’histoire. Souvent après les travaux champêtres, les paysans assistent à ces séances accoudés à même le sol, la tête sur la paume de la main, écoutant inlassablement ces longs messages sans se lasser car la séance peut durer 02 heures. C’est pourquoi dans la vulgarisation de la cassette nous avons privilégié le milieu rural qui conserve encore une forte culture d’écoute. Les 22 minutes (10 minutes pour le contexte et l’histoire de l’Alliance et 12 minutes pour la charte) que durent la cassette n’a jamais gêné les paysans. Par contre en milieu urbain, la durée de la cassette a été un facteur limitant car les radios FM (modulation de fréquence) communautaires ou privées ne peuvent la mettre intégralement parce qu’elles ont des impératifs commerciaux et en plus les citadins n’ont pas beaucoup de temps pour écouter. En ville on est trop pressé.. Pour accrocher les urbains, il fallait faire un autre choix musical comme le rap, le raggamuffin ou autres formes.

Le choix de cette forme de diffusion de la charte s’explique par notre volonté de porter les véritables débats au sein des populations paysannes qui sont capables comme tout le monde de créer du sens. L’accès directe au sens permet dans une certaine mesure d’atténuer la délégation de la pensée, de casser le monopole de la production de sens " détenu " par les intellectuels sortis de l’école coloniale ou post-coloniale et d’aller vers d’autres lieux de production du sens. Tout le travail de la cassette a été orienté pour que les paysans puissent accéder au contenu de la charte tout en restant dans leur ambiance culturelle. Cela explique tout le succès que le cassette a connu dans les radios communautaires rurales dont certaines en ont fait leur indicatif ou organisées des débats sur la cassette (radio FM Niani, FM Louga, FM Fissel etc.). Pour atteindre cette cible paysanne nous avons utilisé nos propres réseaux mais nous nous sommes aussi appuyés sur la Fédération des ONG paysannes du Sénégal (FONGS), l’Association Nationale pour l’Alphabétisation des Adultes (ANAFA), la Coordination des ONG du Sénégal (CONGAD), le Mouvement des Eclaireurs et Scouts du Sénégal qui ont des attaches en milieu rurale etc.

Mais il faut dire que nous avons privilégié la diffusion afin de faire connaître la charte, Dans un futur immédiat nous sommes appelés à organiser des sessions de discussions plus approfondies pour recueillir les points de vue de ces acteurs sur la problématique de la responsabilité en milieu rural

Comments

En Afrique nous devrons être inventif, prospecter des voies parfois inédites, (cassette audio, vidéo, le multimédia etc.) pour faire circuler les informations et les savoirs si nous voulons approfondir la démocratie dans notre continent et trouver des alternatives populaires. Nous ne récusons pas l’écrit que tous les sénégalais doivent maîtriser (alphabétisation et formation pour tous). Mais dans les conditions actuelles son rayon d’action est trop limité. En utilisant exclusivement l’écrit, inconsciemment ou non, on s’inscrit dans une dynamique d’exclusion de la majorité de la population, donc dans une démarche anti-démocratique. Voilà le défi que nous avons voulu relever.