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Des gestionnaires paysans corrompus en milieu rural

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By BADOU, Timothé (February 2000)

Cotonou, 9 Avril 1998. Il fait chaud. Très chaud. Pourtant des paysans manifestent à travers la ville. Munis de bouteilles d'eau minérales pour beaucoup, ils défilent en scandant des slogans hostiles au ministre du Développement rural. Ils sont venus de tout le pays pour dire leur colère. La plupart de leurs organisations sont au rendez-vous : les Unions Sous Préfectorales de Producteurs (Uspp), les caisses d'épargne et de crédit agricole mutuel, la chambre d'agriculture et le groupement des exploitants agricoles.

" Une marche contre tous les abus et les incohérences du développement rural au Bénin. Une marche pour le respect et la dignité de l'homme paysan dans notre pays ", précise la motion lue à cette occasion. Le déclic de cette manifestation a été l'arrestation et la détention pour mauvaise gestion de trois des leurs dans la région septentrionale du pays. Mais ce à quoi s'opposent avant tout ces agriculteurs, c'est à l'immixion de l'Etat et des cadres dans la gestion de leurs coopératives.

Pourtant, les malversations commises par de nombreux responsables sont pour la plupart vérifiées.

" Les organisations paysannes sont complètement pourries ", affirme, avec dépit, un ingénieur agronome du nord Bénin. Bien des responsables abusent de leur position dans ces structures pour s'enrichir. Corruption des gérants de coopérative pour que ceux-ci "ferment les yeux", surfacturation des achats, la différence étant partagée avec le vendeur, évaporation de l'argent entre les organismes ruraux de crédit et le village. Etre responsable paysan offre bien des occasions de s'enrichir rapidement. Comme on dit dans la région de Dassa, les dirigeants "glissent sur l'argent" de la communauté villageoise. Dans le nord, circule une anecdote révélatrice. Un enseignant avait demandé à ses écoliers quelle carrière ils envisageaient. A sa stupéfaction, la plupart ont répondu qu'ils souhaitaient devenir "secrétaire de groupement villageois". C'est effectivement un poste où on peut s'enrichir rapidement. Au Bénin, les sommes sur lesquelles portent ces malversations se chiffrent en dizaines de mi

llions de Francs CFA..