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Quand un cadre de concertation permet la participation des populations à la gouvernance locale: l’exemple du Penc-Mi

By Boubacar Cissé Fall (Dakar, Sénégal, October 2006)

L’expérience commence en 1998 dans la communauté rurale de Kayemor, située dans le Département de Nioro du Rip, dans la Région de Kaolack.

Les difficultés du Conseil Rural, instance dirigeante de la Communauté rurale, à s’acquitter de sa mission de promotion du développement local, conformément à la politique de décentralisation initiée au Sénégal depuis les années 1972 sont à l’origine de la mise en Ĺ“uvre dans cette Communauté rurale d’un programme de développement dénommé Renforcement Institutionnel de la Communauté Rurale (RICOR) faisant une large part dans ses activités :

  • A la formation et l’encadrement des conseillers ruraux pour une prise de conscience accrue de l’importance de leur rôle dans la gestion du développement et une connaissance optimale des textes de la décentralisation; surtout des domaines de compétence transférées;

  • A l’accompagnement du Conseil rural dans l’élaboration des politiques locales, notamment par l’implication des populations de base au niveau des villages dans la formulation des programmes suite à des diagnostics villageois;

  • A l’appui à la réalisation d’activités économiques.

Toutes ces activités concourraient :

* à la protection de l’environnement;

* à la diversification des activités de production;

* au désenclavement de la communauté par la création de pistes de production;

* à l’appui organisationnel.

Au terme de ce programme, les résultats atteints ont démontrés l’importance et les enjeux qu’il y avait à rechercher l’implication des populations dans la réalisation d’activités identifiées et planifiées avec elles pour la légitimation des actes posés et leur efficience.

Fort de ce constat, le Conseil Rural prit l’option en 2001, avec l’appui du Programme de Développement de la Communauté Rurale (PDCR) qui avait pris le relais du RICOR, de formaliser la création d’un cadre de concertation regroupant autour du Conseil, toutes les organisations communautaires de base, notamment les Groupements d’Intérêt Economique ( GIE ), les Groupements de Promotion Féminine ( GPF ), les Associations Sportives et Culturelles ( ASC ), les Pêcheurs, la Section Coopérative, les Associations de Parents d’Elèves ( APE ), le Comité de Santé, les Artisans, le Comité de Forage etc.

C’est ainsi que le Penc-mi est né. Le dispositif de travail du penc-mi est structuré sur un schéma qui repose sur l’aller retour entre le niveau de base, le village, et le niveau central, la Communauté rurale dans le cadre de la planification, de la validation et de l’exécution, rejoignant ainsi la triptyque ACTION-REFLEXION-ACTION, qui fonde la démarche de l’alliance .

Pour assurer la bonne circulation de l’information est la concertation au niveau village, des Keppaars sont mis en place dans les vingt trois (23) villages de la Communauté rurale. Le Keppaar est un lieu de rencontre, de concertation et de discussion libre au niveau de chaque village. De façon plus large, c’est aussi un cadre de concertation au niveau village et au profit de celui-ci, dans le cadre de raffermissement de relations entre acteurs sociaux évoluant dans un même espace socioculturel et également dans le cadre de ses relations avec l’extérieur ( Penc-Mi / autres Programmes ).

Entre le Penc-mi et les keppaars, on trouve le groupe d’animation qui est en quelque sorte le bras technique du Penc-mi. Les missions du groupe sont les suivantes :

* Il est chargé de l’animation quotidienne du travail ;

* Il appuie les organisations dans l’exécution des programmes ;

* Il étudie les dossiers techniques et fait des propositions de budget au cadre ;

* Il facilite les négociations entre partenaires extérieurs et membres du cadre ;

* Il assure le suivi et participe à l’évaluation des programmes ;

* Il est compétent pour recevoir les demandes d’adhésion des organisations ;

* Il est chargé de l’organisation matérielle et pédagogique des réunions du cadre et des ateliers de formation.

Le succès du Penc-mi dans la zone d’intervention se mesure à l’aune de sa capacité de mobiliser les populations autour d’objectifs de développement ; donnant ainsi une légitimité accrue aux décisions du Conseil rural, plus en phase avec les désirs des populations conscientes des capacités et limites de celui-ci.

L’expérience continua de 2002 à 2005 avec l’appui du PDCR mené par le même partenaire institutionnel, Symbiose Sénégal.

Ce programme, procédera à un renforcement des missions du Penc-mi qui se présentaient désormais comme suit :

* Développer la concertation entre le Conseil Rural et les organisations de développement qui lui sont rattachées;

* Développer des canaux fluides de communication entre les différents acteurs;

* Animer la vie socio-économique de la communauté rurale;

* Réfléchir sur les axes stratégiques pouvant impulser un développement durable dans la communauté rurale de Kayemor;

* Cogérer dans le court et long terme avec Symbiose Sénégal le PDCR, qui s’articule autour de quatre axes :

* Protection de l’environnement;

* Diversification des activités de production;

* Désenclavement de la communauté rurale de Kayemor;

* Appui organisationnel.

A l’évaluation du PDCR, Les échos obtenus des communautés rurales voisines de Kayemor où Symbiose Sénégal mené un Programme de Renforcement Institutionnel Zonal (PRIZ) et les acquis dans Kayemor du PDCR, ont permis d’envisager de monter un projet de dimension inter communautaire. Les ressemblances sociologiques entre les différentes communautés rurales, la similarité du point de vue écologique, ainsi que le caractère transversal de certains problèmes surtout en matière environnemental et le partage de certaines ressources naturelles, militaient aisément en faveur d’un programme pareil. Ainsi venait de naître, le Programme de Développement Inter Communautaire (PDIC) qui a cours aujourd’hui dans la communauté rurale de Kayemor et les cinq (5) autres communautés rurales ayant frontière avec elle et qui sont à cheval sur deux (2) départements administratifs : Nioro du Rip et Kaffrine.

Dans le cadre du PDIC qui a opté pour une démultiplication du Penc-mi dans les autres communautés rurales basée sur un schéma d’extension par cercles concentriques constitués par des zones présentant le même profil écologique (Vallée, bas - fonds, plaine), la mise en place de cadres de concertation dans les autres communautés rurales est en cours.

L’autre originalité du PDIC est que comme dans le Penc-mi l’instance dirigeante du PDIC est un Comité de pilotage regroupant les Présidents des six conseils ruraux impliqués et les représentants des instances de mise en oeuvre (IMO) mises en lace dans les différentes communautés rurales participant au programme pour la conduite des activités.

Comments

Ø L’expérience de Kayemor qui est entrain d’être démultipliée présente une similarité avec les ambitions de l’Alliance en matière de « Gouvernance légitime » avec la promotion de la participation des populations dans la formulation, la conduite et l’évaluation des politiques de développement locales.

Ø Le fait que six (06) Présidents de conseils ruraux partagent la même instance de direction de ce programme offre un cadre idéal de partenariat avec l’Alliance dans le cadre du groupe d’initiative « Gouvernance et développement local ».