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Participation populaire à la gouvernance locale (Sénégal)

Le partenariat entre la Zone 12 de l’Organisme Départemental de Coordination des Activités de Vacances (ODCAV) de Mbour et le conseil rural de NDIAGANIAO

By Boubacar Cissé Fall (Dakar, Sénégal, September 2007)

La Communauté rurale de Ndiaganiao est située dans le département de Mbour, dans la région Thiès.

Elle couvre une superficie de 375,24 km2, répartie entre les 37 villages qui la composent.

Dans cette communauté rurale, les jeunes ont toujours été regroupés en association au niveau communautaire. Ainsi, plusieurs associations existent ou se superposent.

Notre attention sera retenue par la composante «jeune». Au niveau de Ndiaganiao , les jeunes sont regroupés essentiellement en Association sportives et Culturelles (ASC) qui s’occupent le plus souvent de la coordination et de l’animation des activités de vacances. Ces activités sont communément appelées, partout au Sénégal, «navétanes», en référence à la saison des pluies durant laquelle elles se déroulent.

Les 37 villages de la Communauté rurale comptent ainsi chacune son ASC. Au niveau communautaire, le regroupement de ces équipes forme la zone 12 de l’Organisme Départemental de Coordination des Activités de Vacances (ODCAV) de Mbour lui-même, démembrement de l’Organisme Régional de Coordination des Activités de Vacances (ORCAV) représentant le niveau régional et de l’Organisme National de Coordination des Activités de Vacances (ONCAV), représentant le niveau national .

En 2000, la vie des mouvements de jeunes à Ndiaganiao connût un renouveau marqué par l’avènement d’une nouvelle équipe dirigeante à la tête de la zone. Cette nouvelle équipe va procéder à une redéfinition des objectifs de l’association qui sont les suivants :

  • regrouper les jeunes de Ndiaganiao dans un cadre unitaire,

  • faciliter l’accès des jeunes aux nouvelles technologies de l’information,

  • faciliter l’accès aux manuels et matériels scolaires des élèves de la Communauté rurale et des étudiants originaires de Ndiagagniao,

  • promouvoir la solidarité entre ses membres,

  • développer des activités de sensibilisation dans le domaine de la santé en direction de la population,

  • améliorer la culture sportive au niveau de la localité,

  • mener des actions dans le cadre de l’assainissement de la localité,

  • participer à toute activité de développement socioéconomique.

A la poursuite de la réalisation de ces objectifs, l’association inscrit ses activités dans les domaines suivants :

Sportif:

Dans ce domaine, les activités sont principalement constituées par l’organisation et la coordination au niveau local, des compétitions inscrites dans le programme d’activités de l’ONCAV. Ces compétitions s’adressent autant aux jeunes hommes qu’aux filles (Football, basket ; hand Ball) et mettent en jeu des trophées ouvrant l’accès à des niveaux de compétition supérieurs : interzones, départemental, régional et national.

Educatif :

Dans ce cadre, la zone qui est en fait une association du fait de son affiliation à l’ODCAV, organise chaque année des cours de vacances destinés à relever le niveau des élèves de la localité. Ces cours de vacances sont animés par les étudiants ressortissants de la Communauté rurale et qui reviennent au terroir pour les vacances scolaires.

L’association s’inscrit chaque année dans la promotion de la culture de l’excellence en remettant des prix aux élèves les plus méritants des écoles de la Communauté rurale.

Toujours dans le volet éducatif, des caravanes d’initiation à l’informatique sont organisées à travers les villages; ainsi que des conférences et débats autours de thèmes socio-éducatifs et sanitaires, en collaboration avec le Centre de Lecture et d’animation Culturelle (CLAC). Parmi les thèmes abordés, on peut citer : la sensibilisation pour l’inscription des enfants a l’état civil, la scolarisation des filles, le maintien des jeunes à l’école, la sensibilisation sur le droit de vote, la lutte contre le Sida et les MST etc.

L’association organise aussi des sessions d’alphabétisation pour les plus vieux.

Socioculturel et protection de l’Environnement :

Sur le plan culturel, l’association organise chaque année des soirées culturelles dans au moins 10 villages.

Au-delà de la lutte pour la conservation de l’identité culturelle par la présentation des différentes facettes de la culture locale, ces soirées sont des occasions pour aborder des thèmes comme l’exode rural et ses conséquences néfastes sur la culture locale avec les risques de perte de l’identité locale et au-delà, sur l’économie locale qui devient de plus en plus extravertie.

Toujours sur le plan culturel, une innovation a été apportée en 2006 avec l’organisation d’un carnaval qui avait pour thème, de présenter la diversité culturelle de la localité. Ainsi les activités ne se limitaient plus aux soirées et veillées culturelles et se déplaçaient des places publiques vers les rues et les quartiers des villages.

C’est dans le cadre du sous-volet « protection de l’Environnement » que s’inscrivent les campagnes d’assainissement organisées dans les villages ; ainsi que les campagnes annuelles de reboisement. Ces dernières ont pour objectif d’expérimenter de nouvelles espèces d’arbres pour la reforestation de la Communauté rurale et de réintroduire des espèces disparues.

Sanitaire :

A côté des activités sportives, l’association réussit ses plus grands moments de mobilisation lors des campagnes annuelles de consultation gratuite et de distribution de médicaments organisées en collaboration avec l’amicale des étudiants de la faculté de médecine de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar. Depuis l’année 2006, d’autres partenaires appuient des actions de sensibilisation sur le paludisme avec des distributions de moustiquaires imprégnées.

L’originalité dans l’expérience présentée réside dans l’évolution des relations avec l’instance dirigeante de la Communauté Rurale : le Conseil Rural.

Avant l’avènement de cette équipe dirigeante et l’affiliation à l’ODCAV qui a consacrée la naissance de la zone 12, Les relations entre les jeunes et les autorités locales étaient marquées par un défaut de communication et de collaboration. En effet, la seule forme de collaboration entre eux se limitait en un appui sommaire qui se limitait à leur offrir des trophées qu’ils mettaient en jeu dans le cadre des compétitions sportives qu’ils organisaient. Aux sollicitations pour un appui plus conséquent, les autorités locales opposaient l’insuffisance des ressources du budget. Cette situation a toujours été déplorée par les jeunes qui constataient pourtant et sans pouvoir y faire grand-chose, l’existence d’une ligne destinée aux jeunes dans le budget local.

Leur revendication trouvera satisfaction avec l’avènement à la tête du Conseil Rural d’un nouveau Président qui se trouve être un des anciens présidents de la Fraternité Locale de Ndiaganiao, ancêtre de la Zone 12. En effet, devant les interpellations des responsables de l’association et suite à des concertations avec les instances du Conseil, il prit la décision de mettre en Ĺ“uvre un nouveau type de Management local marqué par la recherche de la participation des populations à la gestion des affaires locales.

En ce qui concerne la jeunesse, il prit la décision d’allouer à la Zone 12 une subvention annuelle de sept cent mille (700 000) francs CFA pour ses activités jugées en conformité avec les orientations politiques du conseil Rural. Ladite subvention fut utilisée pour mener deux types d’activités :

  • L’appui aux étudiants ressortissants de la communauté rurale orientés dans les Universités de Dakar et Saint-Louis ou inscrits dans des établissements supérieurs éloignés. Cet appui vise à participer à la prise en charge de leurs frais d’hébergement ou d’autres dépenses liées à leurs études.

  • Le financement des activités de vacances organisées dans le territoire communal. Il s’agit des activités menées dans le cadre des différents volets présentés dans les domaines d’activités de l’association. Malgré la faiblesse de cette subvention, l’association veille au principe d’équité dans la distribution des ressources. C’est ainsi que pour l’année 2006, rien que dans le domaine des « navétanes » une subvention de quarante deux mille cinq cent (42500) francs CFA a été octroyée à chacune des équipes de la communauté rurale.

L’insuffisance constatée des ressources affectées pour couvrir les charges liées aux différentes activités ciblées et celles identifiées comme appelant une implication de la Zone, celle-ci s’est mise à rechercher des partenaires pour diversifier ses sources de revenus. L’association est ainsi devenue un partenaire privilégié du Conseil Rural dans sa politique de jeunesse et au-delà, dans sa politique de développement.

Le dynamisme de l’équipe dirigeante de la Zone 12 a fait qu’elle a réussi le pari de mobiliser dans ses activités tous les jeunes qui ne s’impliquaient traditionnellement que dans les activités sportives. Elle a aussi réussi à mobiliser la diaspora de la Communauté rurale qui intervient beaucoup dans la préparation des activités et l’appui à leur conduite ; sans tenir compte de clivages politiques et tendancieux qui ont toujours été des facteurs de blocage.

En effet, les ministres, députés et autres cadres d’envergure nationale ressortissants de la Communauté rurale soutiennent maintenant toutes les activités initiées par les jeunes.

 

Cette expérience illustre qu’un management local participatif est bien possible si les élus locaux sont prêts à jouer le jeu de la mise en place de cadres de concertation permettant l’accès des populations aux instances de prise de décision et aux ressources. Au-delà, il permet d’assurer que cette participation soit plus efficiente. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’implication des jeunes de la Zone 12 dans la recherche et l’établissement de partenariats tant au niveau national qu’international pour mener ses activités. Ce sont ce dynamisme et l’efficience qui en a découlé qui a permis :

  • la mobilisation de l’amicale des étudiants en médecine pour les consultations gratuites,

  • le renforcement du jumelage avec la Commune française de Saint-herblain. Ce jumelage existait depuis 1989 mais il a permis récemment, la réalisation de l’adduction d’eau potable au niveau du bloc administratif et la construction du mur de clôture du CEM de Ndiaganiao.

Aujourd’hui, parmi les perspectives de l’association, on note la recherche de partenariats pour la construction d’un stade communautaire pour abriter les compétions sportives et d’autres activités culturelles.