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Quand la politique joue contre le développement

Fondement et moteur des collectivités locales, la politique fausse toute logique de gestion et confie les collectivités à des élus de qualité et de moralité douteuses

By CISSE, Falilou Mbacké (July 2002)

" Sébikotane est une localité qui a d'abord été rattachée à la grande commune de Rufisque-Bargny, puis à la commune de Bargny avant d'être une communauté rurale, donc une collectivité locale autonome et fonctionnelle. Depuis la dernière réforme de décentralisation de 1996, Sébikotane est devenue une commune à part entière.

Après cinq ans de fonctionnement, je crois qu'il n'est pas assez tôt pour faire une évaluation de notre action. En fait, il faut dire que non seulement nous n'avons pas réalisé le tiers de notre programme, mais en plus nous connaissons de sérieuses difficultés de gestion.

Sur le programme, il faut dire qu'il était réalisable puisqu'en adéquation avec les moyens et les réalités du milieu. Il avait été conçu avec l'appui d'experts sérieux et compétents. Il était d'autant plus réalisable que ce n'était pas un programme électoral mais un programme de travail après des élections remportées sans difficultés particulières. Malheureusement, au moment où je vous parle, nous n'avons pas pu réaliser même le tiers de ce programme.

Sur les difficultés, il faut dire que nous n'arrivons pas aujourd'hui, en tant que commune, à faire face aux charges qui nous incombent. Tenez, nous n'arrivons pas à honorer nos factures d'électricité au titre de l'éclairage public. Elles sont de l'ordre de 2.500.000 CFA par mois. Il y a eu tellement d'arriérés que la société nationale d'électricité nous a coupé l'éclairage public. Sébikotane est ainsi restée dans le noir pendant plusieurs mois. Dernièrement, c'est l'Etat qui a consenti de payer la facture contre le ralliement de certains leaders politiques au parti du président de la république Abdoulaye WADE. Un autre exemple : quand nous étions communauté rurale, c'est l'Etat qui prenait en charge la location de notre siège. Aujourd'hui, le loyer de l'hôtel de ville nous revient à 180.000 CFA par mois et nous sommes dans l'impossibilité de nous en acquitter. Les impayés tournent autour de 3.000.000 CFA.

Donc, il est manifeste que nous avons connu une contre performance de gestion par rapport à la communauté rurale. Maintenant, le plus important est de s'expliquer ce recul.

En fait, il y a des conflits politiques réels qui déteignent malheureusement sur la gestion de la commune. Tout cela c'est le résultat d'une forte prégnance de la politique sur la vie et les institutions locales.

D'abord, c'est surtout des problèmes qui expliquent l'érection de Sébikotane en commune. Le responsable politique local était en même temps ministre dans le gouvernement du président Abdou DIOUF et il soutenait la candidature de l'actuel maire contre notre candidat qui avait assurément un meilleur profil. Le seul souci du ministre, responsable politique, était de mettre à la tête de la commune quelqu'un qui lui est dévoué ; quelqu'un qu'il pouvait manipuler et peu importaient ses capacités de gestion. S'y ajoute qu'il voyait dans notre candidat un adversaire potentiel et donc, quelqu'un qu'il fallait bloquer. C'est sur la base de ces considérations que le maire a été choisi.

Ensuite, il est vrai que c'est la liste du parti socialiste qui avait gagné et nous-mêmes étions socialistes. Il faut reconnaître tout de même qu'il y avait des conseillers qui, bien qu'élus à la base, n'avait pas le profil de conseiller municipal parce que ce qui importait c'était leur capacité à mobiliser du monde. C'était la première équipe municipale, il fallait vraiment choisir des gens compétents et consciencieux. Malheureusement, la logique politique avait encore triomphé de l'intérêt général.

Enfin, le maire, vu les conditions de son élection n'assume pas véritablement sa mission de manager ou d'animateur du conseil municipal. Il a délibérément opté pour une politique de repli sur soi, se disant que nous sommes des opposants prêts à lui causer des ennuis s'il s'ouvrait et se confiait à nous.

Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que le bilan ne soit pas rose."