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Les enseignements au Mali

l’initiation traditionnelle est aussi un enseignement

By Koman KEITA (Village de Niamé, Commune de Bancoumana, Sous préfecture de Siby, Cercle de Kati, Région de Koulikoro, Mali, April 2008)

Notre pays a un système d’enseignement qui ne prête pas beaucoup d’attention d’éducation des enfants. L’école malienne n’éduque plus pleinement nos enfants. Il leur manque toujours quelque chose pour bien affronter la vie malgré le niveau d’instruction. C’est à la suite de ce constat que, dans notre village, le Chef et son conseil sont convenus, il y a 5 ans que les enfants, filles et garçons iront systématiquement à l’école mais à l’âge de 10 ans. Entre temps, ils doivent suivre l’enseignement à la vie pratique au village. Les filles par rapport aux activités féminines, et les garçons sur la vie de l’homme. La première expérience a eu lieu avec une vingtaine d’enfants la même année où le conseil a décidé cette pratique. A leur dixième année, nous avons remarqué que tous les enfants concernés étaient suffisamment éveillés. Ils manifestaient des comportements louables, à leurs âges, vis-à-vis de nos valeurs en général. Nous fûmes convaincus que nous proposons des enfants aptes à mieux suivre l’enseignement de l’école mais aussi préparés pour la vie sociale. Mais, ces enfants ont eu des difficultés d’intégrer l’école car lorsqu’on les y emmena, les maîtres nous ont dit que leur âge n’était plus conforme. Ils ont dépassé l’âge d’aller à l’école, cela doit se faire à 7 ans au plus tard. Aussi, le maître nous a dit que même s’ils les acceptaient à l’école en ce moment, ils ne pourront pas continuer pendant longtemps car s’ils n’ont pas le DEF à 16 ans, ils ne seront pas orientés. Ils nous seront retournés. Cela a créé un grand émoi dans notre village et particulièrement chez le Chef de Village, mon frère. Mais, nous ne nous sommes pas, tout de suite, avoués vaincus. Nous nous disions qu’il devrait y avoir une solution. Nous avons cherché dans tous les sens. Nous avons posé des questions à tous les fonctionnaires de notre commune et même au niveau de la sous préfecture (là, nous avons même reçu des menaces de sanction pour avoir empêcher à nos enfants d’aller à l’école). Notre de Chef de village a provoqué une réunion de village élargi à tous les ressortissants du village résident à Bamako. La réunion fut houleuses. Chacun a défendu son point de vue. Il y avait bien de personnes qui n’étaient plus d’accord pour le principe de retenir les enfants jusqu’à 10 ans pour leur donner d’abord les enseignements de la vie pratique. Ceux-là, étaient finalement nombreux. En plus de nos frères venus de la ville, il y avait d’autres du village qui voulaient que la pratique cesse afin de donner à nos enfants la même chance que tous les autres. Alors, le Chef de village et le conseil décidèrent que ce ne soit plus une obligation. La pratique reste et concernera les enfants de ceux qui le voudront.

Mais, un des ressortissants qui avait compris et cru à l’idée des autorités du village, suggéra de mettre les enfants non scolarisés dans une école de base privée qui se trouve au chef lieu de commune, à Bancoumana. Ainsi, ces enfants, au nombre de 20 dont 12 filles ont pu aller à l’école. Et tous, sans exception, font la 5ème année cette année! Il n’ont jamais repris une classe et passent toujours avec de fortes moyennes. De notre façon paysanne de comprendre les performances à l’école, nous sommes tous unanimes ici et dans les villages voisins que leurs niveaux dépassent de loin ceux de leurs camarades de même classe. Pour le maître du village, ils sont assez en avance sur leur classe. Il envisage même de les intégrer car dit-il, ils ont dépassé plusieurs enfants qui sont rentrés à l’école avant eux, c’est à dire à l’âge normal de scolarisation.

Comments

Moi, je pense que l’Eat doit revoir la question de l’école et tenir compte de nos enseignements. Notre école doit servir à préparer des hommes et des femmes pour la vie et prêts à vivre harmonieusement avec nos réalités. Elle ne doit pas servir de fabrique de d’intellectuels sans âmes et totalement ignorants de nos valeurs, du sens du bonheur et du malheur pour nous. C’est ainsi qu’ils deviennent égoïstes sans pitié pour le peuple. Notre école ne doit pas seulement produire des adultes incapables de se défendre seuls et autrememt dans la vie. Nos enfants qui y vont et qui n’arrivent pas à avoir une place après les études sont totalement perdus pour nous. Ils ne peuvent plus rien faire de ce que nous savons faire depuis toujours et demeurent des charges pour la société. Pire encore pour ceux qui n’y réussissent pas. Sans qualification et incapables de se réadapter à notre vie, ils constituent un danger pour la société. Mais, sont-ils réellement responsables de ce qu’ils sont et de ce qui leur arrive. Pourquoi on ne peut pas ajuster nos scolarités à nos réalités? Pourquoi ne peut - on pas prendre en compte notre éducation traditionnelle dans notre système éducatif en général? Pourquoi nous sommes si incapables de réfléchir par nous et pour nous-mêmes pour faire valoir notre originalité/spécificité?