English français
 

place et le rôle des collectivités locales dans la prévention et la gestion des conflits

Compte rendu de la la session sur les conflits Nairobi, Africités 2006

Par Boureima Ouedraogo (octobre 2006)

Faire des collectivités locales des fers de lance de l’intégration et la gestion préventives des conflits, telle pourrait être lasubstances des débats sur cette thématique lors du Sommet d’africités 2006 à Nairobi (Kenya)

Texte complet

Organisée par le PDM, cette session a été animé par le ministre ghanéen des collectivités locales, l’ambassadeur Aguibou Diarrah (directeur national des frontières du Mali), François Amichia (Maire de Trechville et Président de l’Union des villes et communes de Côte d’Ivoire) et M. Tremblay, (Chercheur Canadien et expert en gestion de conflits). Comme discutants, il y avait les maires de Sikasso (Mali), de Férékessedougou (Côte d’Ivoire) et de Bobo-Dioulasso (Burkina Faso).

Le constat général dressé par l’ensemble des intervenants est que la plupart de nos pays sont des poudrières en puissance du fait de l’inadaptation des modes de régulations sociales aux réalités concrètes des populations. Il en résulte un décalage entre les dynamiques institutionnelles et celles socioculturelles exacerbant les tensions dans les compétitions pour l’accès aux ressources et au pouvoir. La décentralisation en tant que processus, qui par essence, doit permettre une plus grande participation des populations à la gestion des affaires publiques et le renforcement de la démocratie à la base, constitue une chance pour recentrer l’action publique sur les aspirations des communautés. Elle favorise le dialogue entre les différentes composantes sociales et entre les mandants et les mandatés. A ce titre, elle favorise une culture de la tolérance et du respect de la différence et contribue à la construction de l’unité en suscitant chez tous, un sentiment fort d’appartenance à une communauté de destin.

Dans un monde en pleine mutation, les collectivités locales constituent des espaces de prise en comptes des légitimités locales comme fondement de l’autonomie.

L’intérêt pour la gestion des conflits doit être pour les collectivités locales, une quête de dignité pour leurs citoyens car sans la paix et la stabilité sociale, la dignité humaine est difficile à préserver, sinon constamment bafouée.

Les collectivités locales constituent, selon M. Tremblay, les pierres angulaires de la nouvelle stabilisation politique dans le contexte actuelle de la globalisation où les intérêts des nations et des multinationales ont pris le dessus sur la dignité et la sécurité humaines.

Mais le succès des collectivités locales dépend de leurs capacités à gérer leurs conflits internes. Elles pourraient alors avec d’autres collectivités construire des espaces d’intégration (intercommunalité) et coopération et pourquoi pas une fédéralisation intercommunautaire à des échelles plus larges.

L’une des propositions mettant en exergue la contribution des collectivités locales dans la prévention et la gestion des conflits a été celle liée à la problématique de coopération transfrontalière à travers les Pays frontières.

Selon l’Ambassadeur Diarrah, face aux défis actuels de la cohabitation pacifique entre les peuples de la sous-région, le processus d’intégration doit être porté par les communautés que les frontières artificielles héritées de la colonisation ont divisées. C’est une quête de l’identité perdue.

Le concept de Pays frontière a justement comme fondement le dépérissement des frontières à travers la construction d’espaces d’intégration à la base, de cohabitation pacifique et de retrouvailles entre communautés partageant jadis le même espace coutumier, socio-historique et économique sans aucune frontière.

Ce mouvement pourrait constituer à terme, une alternative au difficile ancrage des institutions régionales dans la réalité quotidienne des populations africaines. En effet, il existe en Afrique 11 institutions régionales qui travaillent toutes dans le renforcement de l’intégration des peuples. Cependant, force est de reconnaître que toutes ces institutions n’ont pas encore réussi à outrepasser les sommets des Etats pour créer une véritable intégration à la base.

Face à ces défis la CEDEAO a entrepris depuis 2005, de favoriser l’émergence de coopération intercommunautaire à travers le concept des pays frontières. Un projet de convention est en attente de validation par les Chefs d’Etats.

En outre 5 zones tests ont été lancées dont la première concerne la zone transfrontalière Mali (Sikasso), Côte d’Ivoire (Férékessedougou) et Burkina (Bobo-dioulasso). Dans cette zone a été lancé un certain nombre de projets avec la tenu en 2005, d’un atelier à Sikasso (avec la participation des autorités locales, les responsables de services techniques des localités concernées, des partenaires techniques et Financiers (Club du Sahel Afrique de l’Ouest, PDM), des représentants d’institutions régionales (CEDEAO, UEMOA), etc).

Des projets sont communautaires portant sur les collaborations inter-services (libres circulations des ambulances, possibilités pour les populations d’aller se faire soigner dans les centres de santé les plus proches sans considérations des frontières nationales, cadres réguliers de dialogue entre les acteurs de différentes filières, apparitions de radios communautaires transfrontalières, etc.).

Pour l’ambassadeur Diarrah qui a présenté cette initiative, le concept des pays-frontières permettra de renforcer les processus de décentralisation à travers le renforcement des dynamiques à la base pour construire un nouvel Etat africain légitime, une coopération décentralisée portée par les communautés, un processus d’intégration réelle.

Les maires présents ont souligné, la mise à l’écart des élus locaux dans les résolutions des conflits alors qu’ils sont avec les populations, les premiers concernés des ces conflits. Ils donnent l’exemple de la Côte d’Ivoire où depuis le début de la crise, les élus locaux n’ont été associés à aucune étape du processus de résolution de la crise.

Au terme de cette session, les participants, ont été unanimes sur le rôle des collectivités locales dans la gestion et la prévention des conflits. Toutefois, celles-ci ne réussiront pas dans cette mission, s’elles continuent reproduire les mêmes tares que les Etat-nations post coloniaux. La décentralisation pour parvenir à la refondation de l’Etat doit se construire sur le socle des légitimités locales pour construire un nouvel ordre citoyen, compris comme le sentiment d’appartenance à une communauté de destin et non le fait d’être ressortissant d’un pays ou de tout autre espace territorial limité sur le plan géographique.

Aussi la session a-t-elle recommandé de :

  • Créer les conditions d’une grande implication des autorités locales (élus, coutumiers, religieux et personnes ressources) dans les instances officielles de prévention, de gestion et de résolution des conflits.

  • La prise en compte et l’adoption du principe des pays-frontières comme facteur d’intégration à la base donc de résolution des conflits

  • Le renforcement des processus de décentralisation comme moyen de refonder les Etats et la gouvernance en Afrique et de les rapprocher des citoyens