L’activité d’enlèvement des ordures ménagères en dehors d’une implication effective des populations peut-elle s’autofinancer ?

Par Tikpi Atchadam (Lomé, août 2007)

Un projet d’enlèvement des ordures ménagères entièrement financé par la Banque mondiale a été exécuté de 1997 à 2000 dans un quartier de Lomé dénommé Doumasséssé.

L’opération consiste en la concession de collecte des ordures ménagères à une entreprise privée de ramassage des ordures dénommée OTOMAN par la municipalité de Lomé. Cette concession a pour objet d’assurer dans le quartier de Doumasséssé, un service complet de collecte et d’évacuation des ordures ménagères. En retour, le concessionnaire se fera payer directement par une redevance perçue auprès des ménages dudit quartier. Ce qui implique pour le concessionnaire :

• d’assurer un recouvrement performant de la redevance;

• d’assurer la gestion des dépotoirs intermédiaires construits dans le cadre de l’opération et mis à sa disposition ;

• d’enlever les ordures auprès des ménages et de les acheminer à la décharge finale.

Afin d’assurer le succès de l’expérience par un taux d’abonnement conséquent et une implication des populations, une campagne d’information, de sensibilisation et d’animation a été menée à partir de septembre 1997 dans tout le quartier par OTOMAN en collaboration avec l’Association Française des Volontaires du Progrès (AFVP) pendant environ un an.

Trois options d’abonnement sont proposées aux clients potentiels:

• Un Service Personnalisé Ordinaire (SPO) qui consiste en une pré-collecte porte à porte deux fois par semaine. Le tarif mensuel de base est de 1.000F par ménage, 2.000F par famille et 3.000F par concession.

• Un Service Personnalisé Spécialisé (SPS) qui donne droit à la pré-collecte porte à porte plus de deux fois par semaine. Le tarif est personnalisé et plus élevé que le service ordinaire (SPO).

• Un Auto Service de Pré-collecte (ASP) qui est l’apport volontaire par l’abonné des ordures aux dépotoirs intermédiaires. Ici, l’abonné bénéficie d’un abattement de 20% sur le tarif du service ordinaire (SPO).

A la fin de l’expérience, seulement 910 abonnés ont été enregistrés soit 33% des ménages du quartier et le taux de recouvrement global sur la période de mise en œuvre de l’opération est de 40,18%. Les redevances recouvrées auprès des abonnés s’élèvent à 5.011.801Fcfa alors que les frais engagés pour l’évacuation des dépotoirs se chiffrent à 6.778.725Fcfa. Le solde restant a constitué une perte pour OTOMAN.

Commentaire

La société n’a pas réussi à obtenir un seuil critique pour assurer la rentabilité de son activité. La démarche de la campagne préalable n’a pas été suffisamment inclusive notamment sur le type de service à assurer, la grille des services et les redevances correspondantes. L’unilatéralisme de l’entreprise excluant toute coopération dans la définition des services et des tarifs a constitué le point critique de cette initiative. La campagne de sensibilisation avait seulement pour objectif de convaincre les populations à accepter ce qui a été retenu au niveau de l’entreprise.