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La médecine traditionnelle et la médecine moderne : tolérance ou répulsion ?

Les problèmes de la coexistence des médecines traditionnelle et moderne dans la CR de Kayemor

Par DIOUM, Gorgui Bocar (Kayemor, juin 2009)

Kayemor, chef-lieu de sa propre communauté rurale a une population estimée à quelque 20 000 habitants. Malgré ses 23 villages, la localité ne dispose que d’un seul poste de santé à la tête duquel un et un seul Infirmier Chef de Poste. Et comme la quasi-totalité de la population rurale n’a pour activité essentielle que l’agriculture ne pouvant plus nourrir son homme, la cherté des médicaments modernes n’arrangeant pas la situation, l’on comprend que ces acteurs ruraux se soient tournés massivement vers la médecine traditionnelle.

Mais comment se présentent les relations entre patients et tradipraticiens ?

Il y a un rapport presque de sujétion entre le patient et son guérisseur. Et ce rapport est savamment entretenu par ce dernier pour pérenniser sa clientèle. Ce qui explique çà et là les symboles rituels et la mystique accompagnant les pratiques curatives.

La stratégie des tradipraticiens consiste à interdire aux patients d’associer, un tant soit peu, l’usage des médicaments dits modernes et même les soins du poste de santé avec leurs produits hérités des ancêtres.

Ainsi, un jeune d’un village (Sotokoye) M. X a perdu successivement ses deux femmes, suite à des accouchements. Et pour cause, ce village fait partie des zones réputées réticentes à l’égard des CPN (Consultations Prénatales) et des programmes nationaux de vaccination au Sénégal (PNVS). Ici, les accouchements à domicile sont assistés par des accoucheuses traditipraticiennes. Une pratique, au demeurant très courante dans certains villages de la Communauté Rurale de Kayemor.

Comment s’effectue le diagnostic en général dans le système traditionnel de santé ?

Tous les malades sont reçus et traités presque selon le même rituel. Et comme traitement, c’est plus ou moins les mêmes décoctions ou gris - gris. Mais comme les maladies n’ont pas la même cause pathogène, il s’ensuit des désagréments voire des préjudices. Cependant, pour des raisons de cohésion sociale, toute tension est réglée selon la loi du silence et du secret.

Comment sont organisés les tradipraticiens entre-eux, d’une part et face à la médecine moderne, d’autre part ?

De fait, aucune organisation structurée, ce qui crée une situation de surplace, chacun dans sa chapelle et dans la totale jalousie. Mais ils ne sont d’accord que sur une seule chose : décrédibiliser la portée de la médecine dite moderne. Et ils y parviennent tant bien que mal, non pas à cause de la performance de la médecine traditionnelle mais plutôt à cause de la cherté des médicaments des officines de pharmacie. Mieux, forts de leurs légitimités socioculturelles, ces tradipraticiens arrivent à compromettre maints programmes. C’est le cas des campagnes de sensibilisation sur le Sida, de la lutte contre des maladies et épidémies de toutes sortes. A ce titre, ils constituent un réel danger de santé publique.

Même, si aujourd’hui beaucoup de gens préfèrent passer au poste de santé pour la circoncision des enfants, le poids social des pratiques traditionnelles prend allègrement le dessus au grand dam de la santé des enfants.

Commentaire

Au regard de ce qui précède, il convient de poser les actes suivants :

  • organiser les tradipraticiens en une association officielle structurée ;

  • identifier les tradipraticiens : par spécialité et selon des zones d’intervention spécifiques ;

  • renforcer les capacités techniques des tradipraticiens (hygiène de conservation des produits, séchage des plantes, etc.) ;

  • favoriser une synergie entre acteurs de la médecine moderne et ceux de la médecine traditionnelle de toute la Communauté Rurale ;

  • mettre en place une organisation fédératrice des tradipraticiens de tout le département de Nioro ;

  • revoir les textes législatifs et réglementaires portant sur la décentralisation en matière de gestion de la santé en y incluant la question de la médecine traditionnelle ;

  • favoriser des rencontres d’échanges d’expériences entre acteurs de la santé d’ici et d’ailleurs.