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Un émiettement territorial excessif : maladie congénitale des collectivités locales sénégalaises

Par CISSE, Falilou Mbacké (novembre 2002)

" Je crois que la décentralisation a été faussée dès le départ. Prenons l'exemple de Khombole qui est une commune de 15.000 habitants et qui n'a aucune ressource. La commune vit pratiquement avec les taxes perçues au niveau de la gare routière, et comme les véhicules de transport ne sont pas obligés de s'arrêter, alors vous imaginez que cette structure ne génère pas des masses. C'est aussi quelques taxes payées par les commerçants.

Ici les impôts n'existent presque pas. La taxe sur les ordures ménagères n'est presque pas recouvrée. Bref, la commune est démunie. Elle n'a pas de ressources et en même temps, elle doit faire face à des charges importantes, notamment les frais de personnel. Vous savez, les collectivités locales ont un personnel politisé. Les élus embauchent un personnel sur la base de simples calculs politiques. Alors ce personnel a un rendement zéro et on ne peut ni le compresser, ni le redresser parce que sa gestion est politisée.

Les communautés rurales qui sont aux alentours de Khombole sont dans une pire situation. Ces collectivités locales n'ont même pas de personnel. Pas un seul agent or le minimum c'est de structurer, d'administrer et de gérer. Il est évident que ces communautés rurales n'ont pas les moyens d'exister et de fonctionner. Leur principale ressource est la taxe rurale, elle n'est pas recouvrée. Avant la décentralisation, c'est le sous-préfet, représentant de l'Etat qui administrait les communautés rurales, aujourd'hui, malheureusement c'est lui qui continue à le faire malgré les lois de décentralisation qui consacrent le principe de libre administration des collectivités locales.

Alors, il apparaît qu'il y a trop de collectivités locales et qui ne sont pas viables. Donc si on avait fait de Khombole un point qui polariserait toutes les communautés rurales environnantes, probablement nous pourrions acquérir une force économique qui nous permettrait de réaliser des choses. Mais s'il faut s'en tenir aux limites actuelles des collectivités locales, je crois que nous ne réaliserons pas grand chose. Or la décentralisation doit apporter un changement que le citoyen doit percevoir, sentir et vivre. Ce n'est pas le cas.

Par exemple, beaucoup de populations des communautés rurales environnantes sont favorables à ce que leurs collectivités locales soient "fondues" dans la commune. Cela leur permettrait d'accéder à certains avantages que ne leur offrent pas les communautés rurales, comme l'électricité ou l'eau courante. Donc on ne peut pas dire qu'il y a des obstacles sérieux à cette fusion des collectivités locales.

En somme, il y a trop de collectivités locales au Sénégal et qui n'existent que pour exister. Il faut donc les rendre viables en pensant à les intégrer. Justement, vous parlez d'intégration régionale, mais vous devez penser d'abord à l'intégration locale. Les colons ont balkanisé l'Afrique et nous n'avons pu rien faire avec nos petits Etats. Et nous, nous balkanisons nos Etats pour en faire des collectivités locales sans aucune viabilité économique. IL faut que l'on corrige cet éclatement du Sénégal en de faibles collectivités locales.